Vaccination : les généralistes prennent Bachelot en grippe

Publié le 1 Décembre 2009

Alors que le gouvernement annonce la mobilisation de l'armée, ils contestent les raisons budgétaires de leur mise à l'écart.

Roselyne Bachelot le 19 novembre à Paris (Benoit Tessier/Reuters)

Avec 1 million de personnes vaccinées en près de trois semaines, la vaccination collective contre la grippe A n'a jusqu'ici pas fait recette. Les généralistes crient à la désorganisation et proposent de mettre la main à la piqûre, mais la ministre les renvoie dans leurs cabinets. Et préfère faire appel au service de santé des armées, comme l'a annoncé un communiqué commun avec le ministère de l'Intérieur ce lundi.

De son côté, le secrétaire général de la CFDT François Chérèque les a accusés d'hypocrisie, estimant que « derrière tout ça il y a une histoire de pognon », ce qu'ils ont très mal pris.

Eux qui vaccinent chaque année 12 millions de personnes contre la grippe saisonnière en deux mois et demi ne voient pas pourquoi ils seraient moins efficaces et plus chers pour participer à cette campagne jugée d'intérêt national. Argument contre argument.

« Pas assez de vaccins monodoses »

La commande aux laboratoires a été passée dans l'urgence cet été et pour faire au plus vite, l'essentiel des vaccins sont conditionnés par dix, conditionnement peu adapté aux vaccinations en médecine de ville.

Roselyne Bachelot déclare que la France ne dispose à ce jour que de 800 000 vaccins monodoses et qu'elle les réserve en priorité aux « gens qui ne vont ni dans les centres de vaccination ni dans les cabinets médicaux » comme les sans-abri.

Or MG France jure que « 3 millions de vaccins monodose ont été livrés récemment », ce que n'a pu confirmer l'Eprus, la grande pharmacie de l'Etat qui a passé commande et n'a plus autorisation de communiquer sans l'aval du cabinet de la ministre.

Chez Sanofi Pasteur (vaccin Panenza), et chez Novartis (vaccin Focetria), on n'a pas voulu non plus confirmer le chiffres des commandes et des livraisons. Martial Olivier-Koehret, le président de MG France, ne veut divulguer ses sources, mais jure qu'il en est sûr.

Quoi qu'il en soit, la question n'est pas là, assurent les généralistes. La Confédération des Syndicats Médicaux Français (CSMF) estime que :

« Les médecins généralistes et les pédiatres libéraux, si la possibilité leur en était offerte, à raison de 20 vaccinations chacun, ce qui correspond à une faible activité pour ce type d'acte, et deux flacons de vaccin multi doses, pourraient vacciner 1 million de personnes par jour, tout en garantissant la traçabilité et le respect de la chaine du froid. »

« Cela coûtera plus cher »

François Chérèque assure que les généralistes feront payer une consultation supplémentaire pour vacciner, et que cela reviendra à « 22+8 euros », soit le prix de la visite, et celui du vaccin. Ce qui est discutable, puisque le coût du fonctionnement des centres n'est pas non plus négligeable. Outre les internes, les retraités, les médecins du travail, et bientôt les médecins militaires, il y a aussi des médecins libéraux volontaires, et leur rémunération est de 66 euros de l'heure.

Surtout, il n'y aura pas nécessairement de consultations supplémentaires dans tous les cas car les médecins pourraient vacciner à l'occasion des visites habituelles. Xavier Tarpin, auteur du blog Le toubib est un généraliste estime que pour la grippe saisonnières, « 90% des gens se font vacciner à l'occasion d'une autre consultation ». Martial Olivier-Koehret ajoute que :

« Les personnes souffrant d'une affection longue durée (malades du coeur, des poumons, diabétiques…) viennent nous voir tous les mois ou deux mois, on est capable au cours d'une même consultation de faire plusieurs réponses en ne facturant qu'un seul acte.

Après, il y a tous les gens isolés à domicile (1,1 million de personnes) qui n'iront jamais jusqu'au centre de vaccination quand il est à 25 km de chez eux. »

Des équipes mobiles pour les prioritaires ?

Comme pour les écoliers, des équipes mobiles sont censées se déplacer jusqu'à ceux qui ne le peuvent (grabataires, handicapés, personnes hospitalisées à domicile…) ; sauf que les médecins interrogés n'ont pas encore vu l'ombre de ces équipes, et on imagine le coût de l'ensemble de ces déplacements.

Les personnes alitées pourraient aussi faire appel à des ambulances pour se rendre dans les centres de vaccination collective, sauf que là encore le coût serait faramineux. Au final, « pleins de patients prioritaires n'ont pas reçu leur bon de vaccination, ou sont allés au centre et ont fait demi-tour devant les files d'attentes », constate Xavier Tarpin.

Risque de contagion dans les cabinets ?

La ministre de la Santé pourrait penser avoir trouvé un allié objectif avec le SML (Syndicat des médecins libéraux) qui se dit opposé à la vaccination dans les cabinets médicaux, par peur que les personnes saines attrapent un virus dans la salle d'attente. Mais quand on interroge son secrétaire général, Roger Rua, celui-ci est plus nuancé :

« On ne dit pas qu'on ne veut pas participer, ce n'est pas un problème de capacité mais d'organisation. On ne réclame pas d'activité supplémentaire mais on sera volontaire si on nous le demande. D'ailleurs, on aide déjà dans les centres de vaccination collective. »

Un discours qui finalement rejoint celui de MG France, dont le président précise qu'« à aucun moment je n'ai dit que les gens viennent dans mon cabinet, et s'il le fallait on saurait gérer les flux entre sains et malades, soit en les mettant dans deux pièces soit en prenant les uns le matin et les autres l'après-midi ».

Les médecins libéraux ne sont pas si divisés que les médias le disent, juste un peu vexés, alors qu'on leur demande d'être au centre du parcours de soin, d'être éloignés d'un dispositif dont l'efficacité n'est pas encore démontrée.

 

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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