Vie et mort de Neda, icône de la répression en Iran

Publié le 23 Novembre 2009

Un minutieux travail documentaire sur la vie et la mort de Neda Agha-Soltan, la victime emblématique de la révolte des Iraniens contre la fraude électorale en juin dernier, permet de mieux comprendre ce qui se joue dans ce pays.


Réalisé par les chaînes publiques américaine et britannique PBS et BBC, ce documentaire remet les événements de juin dans leur contexte grâce à de nouvelles images, et de nombreux témoignages qui révèlent la personnalité et les idées de Neda, et les conséquences désastreuses de ces événements sur tous ceux qui étaient liés à elle.

Neda, souvenez-vous, c'est cette jeune Iranienne dont la mort en direct, frappée d'une balle à la tête, avait été filmée par au moins deux téléphones portables, et avait fait le tour du monde sur YouTube, Facebook et avait été relayée par la quasi-totalité des médias de la planète. Revoici la séquence vidéo de 90 secondes, telle que nous l'avions mise en ligne dès réception sur Rue89 le 20 juin dernier. (Voir la vidéo)


Les réalisateurs du documentaire, Arash Sahami et Angus Macqueen, révèlent que Neda n'était pas, comme on l'avait cru à l'époque, une simple passante atteinte par hasard par une balle : elle était une manifestante engagée contre la fraude électorale.

Les témoignages recueillis par les auteurs révèlent que Neda avait été empêchée de voter par les officiels du régime lorsqu'elle s'était présentée à deux bureaux de vote de son quartier, et qu'elle était révoltée. Selon sa soeur, elle a participé à toutes les manifestations de protestation qui ont suivi le vote, jusqu'à sa mort le 20 juin. Elle a apporté un détail terrible :

« Un jour, à une manifestation, une femme en tchador noir s'est approchée d'elle et lui a dit : “Ma fille, tu devrais t'habiller de manière plus conservatrice pour aller à ces manifestations, car ces animaux [les forces de l'ordre, ndlr] ont des problèmes psychologiques et s'en prennent aux plus jolies filles. Et tu es vraiment jolie.” »

Voici un extrait, en anglais, de ce documentaire. (Voir la vidéo)


Le documentaire apporte bien d'autres témoignages, dont celui, poignant, d'une ex-journaliste iranienne de la télévision publique en langue anglaise, blessée à la jambe au cours d'une manifestation, et qui raconte la répression jusque dans les couloirs de l'hôpital où elle avait été transférée.

Les réalisateurs soulignent également que tous ceux qui ont été liés à Neda et à sa mort ont pâti de ce statut d'icône de la répression qu'elle a acquis en raison de cette vidéo. Ils ont en particulier recueilli le témoignage du fiancé de Neda, Caspian Makan, qui a été emprisonné deux mois à la sinistre prison d'Evin, avant d'être libéré sous caution, ce qui lui a permis de s'enfuir à l'étranger. Il est aujourd'hui caché « dans une ville du Moyen-Orient ».

Arash Sahami et Angus Macqueen ont écrit, dans The Observer  :

« Dans les jours et les semaines qui ont suivi [la mort de Neda, ndlr], Caspian n'a pas seulement perdu la femme qu'il s'apprêtait à épouser, mais aussi son pays, sa famille, ses amis, sa carrière. Tous ceux qui ont eu quelque chose à voir avec la mort de Neda sont devenus suspects aux yeux des autorités iraniennes.

Les membres de sa famille ont été harcelés, menacés, et parfois détenus. Le médecin que l'on voit sur les images en train d'essayer de la sauver a dû s'exiler en Grande Bretagne. Le professeur de musique qui était à ses côtés quand elle est morte a été contraint de se montrer à la télévision d'Etat iranienne et d'affirmer qu'elle avait en fait été tuée par les membres d'une milice religieuse »…

Sur le site de l'émission Frontline de PBS, la vidéo intégrale est hélas bloquée pour les internautes situés en Europe. Mais un site engagé d'informations sur l'Iran, Irannewsdigest.com, le diffuse dans son intégralité. Peut-être pas très légal, en attendant de le voir un jour sur une chaîne française ? C'est assurément un document à voir pour comprendre ce qui se passe dans un pays au centre d'une des crises majeures de notre époque.

 

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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