XYNTHIA : Ré, l'île déchirée par l'océan

Publié le 3 Mars 2010

XYNTHIA. Bien que coupée en trois par la tempête, l'île refait surface dans le calme. Et les insulaires dénoncent l'inconscience de leurs voisins du continent

Loix-en-Ré « s'évaporait » peu à peu hier. Deux personnes ont péri dans l'île, mais l'expérience des insulaires a évité un bilan plus lourd. (ph. d. jullian)
Sur l'Île de Ré, la digue du Martray a subit les effets du vent et de la mer (Photo Pascal Couillaud)

C'est le plus petit village de l'île. Une paroisse gagnée sur l'Océan en ce Moyen Âge où, déjà, la prime à la construction inondable était raison d'État. C'est le plus petit village de l'île, heureusement. Car, pendant deux jours et deux nuits, Loix-en-Ré fut aussi la plus petite île de France. Coupée de l'autre, coupée du monde. Sans eau ni électricité, sans téléphone et forcément sans pont, 48 heures durant 715 naufragés y ont ainsi fébrilement attendu que la seule route jamais construite à travers le marais refasse enfin surface. Hier matin, comme dans une station de ski recouverte par une avalanche, c'est sous les coups de pelle des bulldozers qu'ont cédé les dernières congères amassées par les vagues et les boues en furie. « Mais il n'était pas question de fermer le comptoir, surtout pas », raconte le patron du presque bien nommé bistrot La Presqu'île. « Les gens n'avaient pas spécialement envie d'enchaîner les tournées, mais de parler, et de parler encore, tellement ils ont été nombreux à s'en être tirés de justesse. »

Le culte de l'insularité

Mais, tandis que la plupart des sinistrés de l'Atlantique n'en revenaient toujours pas de découvrir qu'ils vivaient au bord de l'Océan, les Rétais, à l'inverse, ont très vite assumé leur condition d'insulaires. Un sort d'autant plus fragile que cette drôle d'île flottante reste à certains endroits aussi plate qu'étroite. Soixante-dix mètres de large à la passe du Martray, et un point culminant à 16 mètres à peine. Bien assez pour que Xynthia coupe Ré en trois. « Après tout, la tempête nous a provisoirement rendu la géographie originelle, trois îles, comme avant que l'homme n'en fasse qu'une seule avec ses marais salants », relativise un ostréiculteur.

Mais au-delà de cette sage philosophie de comptoir, et malgré la mort de deux personnes âgées à La Flotte-en-Ré, l'insularité a, sans doute, permis d'éviter ici le pire. Le pire qui a tué et noyé la Vendée, ce voisin d'en face que l'on aperçoit en tout point de l'île. Si souvent revendiquée à tort et à travers dans cette île de terriens que les people transforment chaque été en « 21e arrondissement parisien », l'insularité ne fut pas ce week-end un fantasme. « Contrairement à ceux du continent, nous vivons entourés par l'Océan, nous ne lui tournons pas le dos. Cela peut paraître anecdotique, pourtant ça ne l'est pas », assure le Loidais Patrick Boussaton. « C'est même probablement grâce à cela que le bilan n'est pas plus lourd chez nous, alors que les dégâts sont immenses. Et même ensuite, lorsqu'il s'agira de nettoyer, tout bêtement, par exemple, parce que tout le monde sur l'île possède au moins une paire de cuissardes. »

Lui-même sinistré jusque dans son propre salon, le maire de Loix rappelle surtout que la sagesse des Rétais a d'abord été celle de leurs élus. Des maires ayant, pour la plupart, appris à résister aux sirènes des promoteurs immobiliers. « Nous n'avons jamais construit en zone inondable, et la mer a inondé ce qu'elle devait inonder, avec, hélas !, le renfort d'une houle inconnue qui a bousculé nos digues comme des fétus de paille. Alors nous n'aurons certainement d'autres choix à l'avenir que couler des brise-houle au large », répète Lionel Quillet, par ailleurs président de la puissante communauté de communes.

Et n'en déplaise cette fois aux écologistes, qu'ils se le disent autant que la population le leur assène depuis trois jours. « Sur Ré, nous sommes paradoxalement les habitants d'un milieu naturel qui a été forgé par l'homme, alors ce raz-de-marée n'a finalement surpris que les nouveaux arrivés », poursuit Lionel Quillet. Notamment quelques résidents secondaires bien vite remis à niveau. « Deux ou trois qui ne voulaient pas rater leur réunion du lundi matin à Paris... Mais ils ont tous joué le jeu, à tel point que certains, après nous avoir aidés à colmater les brèches, ont même prêté ensuite leur maison à nos sinistrés. »

Mais, en marge de cette émouvante ode à la solidarité îlienne, d'autres n'ont pas ici de mots assez durs pour dénoncer le sort des dizaines de Vendéens noyés dans leur sommeil. « Un drame prévisible », ne décolère pas Gilles Duval, le maire de Saint-Clément-des-Baleines, ce village où les digues ont pourtant toutes été dynamitées par la tempête. « Bien sûr que je ne m'attendais pas à une vague d'une telle hauteur. Mais, quand même, quand on vous annonce une alerte rouge un jour de grande marée - qui plus est dans des zones classées inondables -, on se bouge, on ne dort pas ! Alors, à 3 heures du matin, j'étais au pied de la digue, avec tout le Conseil municipal embarqué dans des 4 × 4, micro en main pour hurler aux 250 riverains de se sauver. Et je trouve lamentable que la même chose n'ait pas été faite en Vendée. C'est de l'inconscience, car eux aussi avaient été prévenus depuis la fin d'après-midi. »

Les psys font du porte-à-porte

Gare pour autant à ce que le culte de l'insularité ne devienne pas un brin excessif. Ainsi, là où tous les sinistrés du continent ont été réunis en un seul et même gymnase, une seule et même salle des fêtes, pour faciliter leur prise en charge psychologique, les médecins dépêchés hier sur Ré ont été contraints au porte-à-porte afin de retrouver les nombreux insulaires encore sous le choc. Où la pudeur révèle alors une sourde culpabilité qui fait que l'on n'ose pas facilement se plaindre de l'eau sur une île depuis toujours considérée comme submersible. Car ici, sans doute, il ne faudra pas attendre un autre siècle pour voir l'Océan tomber à nouveau sur la tête de ses plus proches voisins de palier.

Une loi trop attaquée

« Sud Ouest ».

La polémique enfle sur l'urbanisation du littoral. Il existe pourtant une loi et des contraintes. Sont-elles suffisamment respectées ?

Alain Merckelbagh. La loi littoral a été votée en 1986. Elle a attendu dix-huit ans certains décrets d'application. Et le Parlement ne lui a consacré que deux rapports en vingt ans. De plus, elle est régulièrement contestée et attaquée par des élus ou des lobbies, notamment de constructeurs qui veulent en réduire la portée. Certains sont même allés jusqu'à taxer d'excès de pouvoir les décisions des juges des tribunaux administratifs, accusés d'être favorables à une interprétation restrictive. Certains sites sont inscrits au PPRI (plan de prévention des risques d'inondation), et ceux qui y résident ne peuvent l'ignorer.

Comment expliquez-vous cette situation ?

La pression sur le littoral est extrêmement forte. 10 % de la population y vit, alors qu'il ne représente que 4,4 % de la surface du territoire. De plus, à la population permanente s'ajoute celle des résidences secondaires, qui sont 36 % à être installées dans les communes du littoral. La demande de construction y est énorme, et les prix avoisinent ceux des centres-villes des grandes agglomérations. Il est difficile pour un maire, surtout d'une petite commune, de résister à la pression très forte de ses amis. Il suffit de lire dans les journaux régionaux qui couvrent des littoraux les voeux des maires en janvier pour les voir brandir le nombre de permis de construire comme autant de trophées.

Est-ce qu'après la catastrophe du passage de Xynthia, ils ne risquent pas d'être les boucs émissaires ?

On ne peut pas réduire les responsabilités à celle des maires, qui ont aussi beaucoup de charges à assumer. Les constructions sur le littoral sont trois fois plus bétonnées qu'ailleurs. Ainsi, le sol n'absorbe pas l'eau qui ravine le sol et vient abonder les cours d'eau environnants. On ne peut pas non plus ignorer la montée du niveau de la mer, qui est réelle : 20 centimètres depuis 1950 et 3 millimètres par an aujourd'hui. Il va donc falloir prendre comme référence, pour l'élaboration des plans d'urbanisation sur le littoral, le risque le plus important, c'est-à-dire celui de cette dernière catastrophe, et évaluer la vulnérabilité des zones.

Peut-on prendre exemple sur la façon d'agir de la Hollande ?  ................................

........................................................lire l'article sur sudouest.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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