Barroso s’en prend à la France

Publié le 18 Juin 2013

Publié le 18/06/2013 à 06h00
Auteur christophe lucet , pour sudouest.fr

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Le président de la Commission juge « réactionnaire » la position de Paris dans le débat commercial.

La France est-elle « réactionnaire » dans sa défense résolue de l’exception culturelle européenne face aux États-Unis ? Oui, estime le président de la Commission européenne, dont l’entretien donné hier à l’« International Herald Tribune » a soulevé la colère à Paris. Selon José Manuel Barroso, la volonté française d’exclure l’audiovisuel des négociations du futur traité de libre-échange États-Unis/Europe « fait partie de ce programme antimondialisation que je juge totalement réactionnaire ».

Dire que l’attaque du très libéral patron portugais de la Commission a déplu à Paris est un euphémisme. Si François Hollande, interrogé en marge du G8, est resté mesuré (« Je ne veux pas croire que M. Barroso ait pu tenir sur la France des propos ainsi formulés »), Aurélie Filippetti dénonce des propos « consternants et inacceptables ». La ministre de la Culture rappelle que « la France n’est pas seule dans ce combat » et que la volonté d’exclure l’audiovisuel et le numérique de la négociation n’est « pas conservatrice, encore moins réactionnaire, mais au contraire résolument moderne ». La sortie de Barroso passe d’autant plus mal qu’elle arrive après que les ministres du Commerce des Vingt-Sept sont parvenus - au bout d’une négociation marathon - à s’accorder pour exclure la culture des discussions qui s’ouvriront cet été avec Washington, comme le demandait la France avec insistance.

La colère des partisans de l’exception culturelle - la France et d’autres États, des artistes, le monde culturel européen en général - est d’autant plus vive que Karel de Gucht, le commissaire européen au Commerce, n’a pas renoncé à mettre le sujet sur le tapis des négociations. Et ce bien que le Parlement de Strasbourg se soit aussi prononcé contre un renoncement aux dispositifs qui, depuis 1993, ont permis à l’audiovisuel européen (cinéma, radio, télévision) de ne pas être entièrement livré à la loi du marché. Porte-parole du secteur de la culture, la SACD (1) se dit « scandalisée » que la Commission « puisse remettre en question le mandat qui lui a été confié le 14 juin par les États membres ». Même discours chez le président Hollande, pour qui « il n’y a aucune raison de changer un principe qui a toujours été écarté des négociations commerciales conduites par l’Union européenne ces dernières décennies ».

Hier soir, le porte-parole de la Commission a tenté d’arrondir les angles, soulignant « l’attachement » de Barroso à l’exception culturelle et jurant que l’intéressé ne visait pas la France mais « ceux qui ont lancé des attaques personnelles contre lui ». Visait-il le réalisateur Costa Gavras, qui qualifie M. Barroso d’« homme dangereux pour la culture européenne » ? Ou la députée européenne UMP Rachida Dati, qui accuse le Portugais de « se coucher devant les États-Unis » et lui demande de « partir » ?

Récemment, les prises de position n’ont pas manqué pour soutenir Paris, notamment celle du cinéaste américain Steven Spielberg au Festival de Cannes. Citons aussi le rapport Lescure sur « l’acte 2 de l’exception culturelle », qui estime que l’audiovisuel, étendu au numérique, doit rester hors de toute négociation sous peine d’« arrêt de mort » du secteur en Europe. Pour sa part, la Commission justifie sa position au prétexte que l’exclusion de la culture des négociations conduirait à un raidissement des Américains sur les transports ou les services financiers…

(1) Société française des auteurs et compositeurs dramatiques.

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Rédigé par jeanfrisousteroverblog

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