Elle a forcé sa fille à porter un bébé à sa place

Publié le 10 Juin 2013

Elle a forcé sa fille à porter un bébé à sa place

En Angleterre, une femme voulait un bébé à tout prix, imposant à sa fille des inséminations artisanales à répétition. Elle a écopé de cinq ans de prison pour "cruauté sur enfant".

A l'âge où d'autres adolescentes se rebellent, Audrey a voulu obéir à sa mère, aveuglément. Pour la Fête des Mères, la jeune fille a dressé sur une carte la liste des choses qui plairaient à la sienne, promettant de les exaucer. Parmi elles, la photo d'un test de grossesse positif. A l'âge où la plupart des mères craignent que leur fille ne tombe enceinte, la sienne l'a forcée à porter un bébé à sa place.

Audrey (1) est l'aînée des trois filles, toutes adoptées à l'étranger. Les services concernés avaient refusé à la mère une quatrième adoption, mais elle voulait un autre bébé à tout prix. L'idée a alors germé. "Au début, j'ai été choquée, vraiment choquée", a dit sa fllle à l'audience. Mais elle voulait tellement que sa mère l'aime. A la maison, c'était l'amour ou la peur au rythme des humeurs de la mère.

Entre 14 et 17 ans, Audrey a procédé elle-même à des inséminations dans la salle de bains avec les seringues de sperme que sa mère s'était procurées sur internet. Ca n'a pas marché tout de suite. Elle a fait au moins une fausse couche, à 15 ans. Et comme sa mère avait lu quelque part qu'un régime acide multipliait les chances d'avoir une fille, Audrey prenait souvent des douches de vinaigre et des bains citronnés. A l'été 2011, un bébé est né. Un garçon.

Cette histoire, jugée à huis clos en Grande-Bretagne, n'aurait jamais été rendue publique si des journaux britanniques n'avaient obtenu de la justice le droit d'en rendre compte. Sous réserve de respecter l'anonymat de la famille. Et dans l'intérêt des filles. La mère a écopé de cinq ans de prison pour "cruauté sur enfant ". Le juge Peter Jackson, en rendant son verdict, a estimé que les agissements de cette femme "méchante et égoïste" défiaient l'entendement.

Les voisins n'ont rien su du drame qui se jouait derrière les rideaux toujours tirés de cette banale maison mitoyenne. Dans le quartier, on ne voyait que rarement les trois filles, qui n'allaient pas à l'école. Cette Américaine divorcée leur faisait elle-même la classe. Rien de suspect à cela : les parents qui n'aiment pas l'établissement dont dépend leur enfant optent parfois pour le home schooling.

Toutefois, on entendait beaucoup crier. Une fois, rapporte le " Daily Mail ", la mère était partie pour dix jours aux Etats-Unis avec la cadette, laissant à Audrey le soin de s'occuper de sa petite sœur en bas âge. Deux fois, un médecin du quartier avait alerté les services sociaux. Mais, au téléphone, la mère s'était montrée rassurante ; ils ne s'étaient même pas déplacés.

C'est à la maternité que les infirmières ont tiqué. La mère ne voulait pas que sa fille allaite : "Nous ne voulons pas de ce genre de lien. " Puis son attitude envers le bébé a commencé à inquiéter. La mère ne le regardait pas d'un bon œil ; il n'était pas cette quatrième fille tant désirée. Craignant pour son enfant, la fille a fini par parler.

La Grande-Bretagne a été sous le choc. Comment des services d'adoption ont-ils pu confier non pas un mais trois enfants à une femme jugée "cruelle", qui avait fait de son domicile un "cocon toxique" ? Autre préoccupation : la facilité avec laquelle un particulier peut se procurer sur le Net du sperme à des fins d'insémination.

La mère a eu recours à l'antenne danoise de Cryos International, une banque de sperme, qui ne demande, sur son site, qu'à multiplier les franchisés dans le monde. 22 062 bébés depuis 1991. "De la semence de haute qualité testée" et "prête pour la livraison". " C'est parfaitement illégal", explique un spécialiste. Seules les cliniques homologuées sont habilitées à passer ce type de commande, mais la mère a produit une fausse lettre de médecin et le tour était joué.

Ce qui soulève une autre question : l'autorité compétente pour réguler et contrôler ce type de pratiques en a-t-elle vraiment les moyens ? La réaction de la Human Fertilisation and Embryology Authority, l'autorité britannique chargée des questions de bioéthique, ne s'est pas fait attendre. L'organisme indépendant, qui, depuis 1991, régule les fécondations in vitro et la recherche sur les embryons humains, a publié un communiqué dans lequel il se dit "horrifié" par ce "cas atroce". L'agence indique qu'elle va consulter le ministère de la Santé afin d'en tirer les conclusions nécessaires.

(1) Le prénom a été modifié.

Marie-Hélène Martin, correspondante à Londres pour "le Nouvel Observateur"

>Article publié dans "le Nouvel Observateur" du 6 juin.

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Rédigé par jeanfrisousteroverblog

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