En Egypte, "ce n'est pas encore un coup d'Etat, mais cela y ressemble de plus en plus"

Publié le 3 Juillet 2013

En Egypte, "ce n'est pas encore un coup d'Etat, mais cela y ressemble de plus en plus"

AUTEUR Le Monde.fr | 03.07.2013 à 20h14 • Mis à jour le 03.07.2013 à 20h31 | Par Christophe Ayad

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Après l'expiration de l'ultimatum fixé par l'armée à Mohamed Morsi, la tension est encore montée d'un cran mercredi soir en Egypte, où une foule toujours plus dense se masse sur la place Tahrir du Caire pour demander le départ du président. Christophe Ayad, journaliste au Monde, analyse les derniers développements de la crise égyptienne

  • Comment cette interdiction de quitter le territoire émise contre Mohamed Morsi et plusieurs responsables des Frères Musulmans s'explique-t-elle ?

L'interdiction de voyager décrétée contre les principaux dirigeants des Frères musulmans, dont le guide suprême, Mohamed Badie, son numéro 2, Khaïrat Al-Chater, et le président Morsi, semble justifiée par l'armée par une affaire d'évasion de prison remontant à 2011.

A la fin de janvier 2011, en plein soulèvement contre Hosni Moubarak, les gardiens des principales prisons du pays avaient pris la fuite en raison de mutineries, laissant les prisonniers s'échapper. C'est comme cela que Khaïrat Al-Chater, le cerveau de la confrérie, qui dirigeait l'organisation de sa cellule, avait recouvré la liberté alors qu'il purgeait une peine de sept ans de réclusion, prononcée en 2008 par un tribunal militaire, pour blanchiment d'argent et financement des Frères musulmans, alors interdits.

Avant même que Hosni Moubarak ne tombe, la confrérie avait négocié avec Omar Suleiman, le vice-président et chef des services de renseignement, une "grâce" officieuse pour son mentor. Mais la condamnation n'a jamais été effacée.

C'est déjà sous ce prétexte qu'il avait été empêché de se présenter à la présidentielle de juin 2012. Mohamed Morsi, surnommé "la roue de secours", avait été choisi pour le remplacer en catastrophe. Cette affaire de condamnation pendante et d'"évasion libération" est opportunément ressortie par l'armée aujourd'hui. On comprend aussi mieux l'acharnement que les Frères musulmans avaient mis à purger la justice pendant leur première année au pouvoir.

  • Que penser de la proposition de Mohamed Morsi de former "un gouvernement de consensus"... ?

Au moment où expirait l'ultimatum de l'armée, le président Mohamed Morsi a tenté une ultime ouverture avec cette proposition. Mais c'était trop tard, une fois de plus, alors que la foule massée place Tahrir n'attend plus que son départ. Depuis le début de la crise, le président Morsi a un temps de retard sur les événements.

Au lendemain de la manifestation monstre du 30 juin, Mohamed Morsi avait proposé une révision de la Constitution, tentant de réparer sa première grande erreur, qui remonte à novembre-décembre 2012, lorsqu'il avait suspendu tous les recours judiciaires pour imposer une Loi fondamentale écrite par un comité constitutionnel exclusivement islamiste.

Et au moment où il semble avoir perdu le pouvoir, le président islamiste propose un gouvernement de consensus, alors que les Frères musulmans n'ont cessé de raffermir leur emprise sur les services de l'Etat depuis leur arrivée au pouvoir, il y a un an. Alors que M. Morsi a été élu en juin 2012 grâce aux voix de la gauche et des révolutionnaires, qui le préféraient à un retour de l'ancien régime incarné par Ahmed Chafik, un général à la retraite, il n'a eu de cesse d'ignorer ses soutiens non islamistes.

  • Assiste-t-on à un coup d'Etat ?

Presque. Ce n'est pas encore un coup d'Etat, mais cela y ressemble de plus en plus. L'armée est en train de se positionner aux principaux carrefours du Caire, elle encercle les rassemblements des supporteurs du président Morsi.

Les principaux dirigeants des Frères musulmans sont interdits de voyager à l'étranger, tout comme le président lui-même, dont personne ne sait où il se trouve exactement. Enfin, l'armée aurait demandé aux employés non essentiels de la radio-télévision de quitter les locaux.

Mais tant que l'armée n'a pas annoncé avoir dépouillé le président et le gouvernement de leurs fonctions exécutives, il ne s'agit pas d'un coup d'Etat au sens plein du terme. C'est pour cela que tout le monde attend avec impatience une intervention télévisée du ministre de la défense, Abdel Fattah Al-Sissi.

Christophe Ayad

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Vos réactions (1) Réagir

PIERRE WASSEF 03/07/2013 - 21h25

Ce qui s'est passé depuis le 30 juin en Egypte est un événement colossal. C'est tout simplement le début de la fin de l'islamisme politique radical. Il aura fallu que dix, vingt, trente? million de personnes descendent dans la rue, fait déjà unique, je ne sais pas si une telle mobilisation s'est déjà produite ailleurs, et je salue la jeunesse égyptienne, car c'est à elle que l'on doit cet événement extraordinaire.

Rédigé par jeanfrisousteroverblog

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