Etudiants chinois agressés en Gironde : l'affaire qui secoue Pékin

Publié le 18 Juin 2013

Publié le 17/06/2013 à 06h00 | Mise à jour : 17/06/2013 à 08h08
Auter Florence Moreau , pour sudouest.fr

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Les agresseurs des étudiants chinois ont été déférés dimanche. Une information judiciaire a été ouverte et un placement en détention provisoire requis.

«C’est l’image de la France qui est abîmée avec ces attitudes xénophobes. » À Bordeaux pour inaugurer le salon des vins et spiritueux Vinexpo, le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll s’est voulu « très clair » pour commenter l’agression dont ont été victimes six étudiants chinois en œnologie, dans la nuit de vendredi à samedi à Hostens, en Gironde.

Vers minuit et demi cette nuit-là, trois jeunes de 20, 21 et 22 ans, déjà bien connus des services de gendarmerie et en état d’ivresse manifeste, avaient cogné à la porte du logement occupé depuis trois mois par les étudiants en formation au château La Tour Blanche.

Tapage nocturne

Les jeunes avaient passé l’après-midi à consommer de l’alcool et à importuner ou agresser verbalement des habitants du village. Ils avaient été rappelés à l’ordre pour tapage nocturne un peu plus tôt dans la soirée. Ont-ils pensé que les étudiants étaient à l’origine de la venue des gendarmes ? Ils sont en tout cas allés demander des comptes, l’agressivité due à l’alcool semblant prendre le pas sur une réaction xénophobe primaire.

Quand un des étudiants chinois a ouvert la porte, il a été frappé sans sommation. Les coups ont continué sur ses camarades, qui voulaient repousser les assaillants. Au cours de la bagarre qui s’est terminée dans la rue, une bouteille de champagne a été jetée.

Une affaire d’État

Une étudiante de 24 ans, fille d’une personnalité politique chinoise de premier plan, l’a reçue en plein visage. Hospitalisée dans un premier temps à Langon, elle a été transférée au CHU de Bordeaux avec une fracture au nez et à la pommette. Opérée samedi soir, elle était en mesure hier d’être entendue par les enquêteurs et de recevoir de la visite. Deux membres de l’ambassade de Chine à Paris se sont d’ailleurs rendus à son chevet en début d’après-midi.

D’emblée, les faits sont devenus une affaire d’État. Entre États. Le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a dénoncé et condamné « avec une grande sévérité cet acte xénophobe dont les auteurs devront répondre devant la justice ». Hier, Stéphane Le Foll, qui s’est brièvement entretenu à Vinexpo avec les deux membres de l’ambassade chinoise, a demandé que la justice soit « ferme sur les sanctions ».

À Paris, l’ambassade de Chine a condamné « vivement », dans un communiqué, ce qu’elle a qualifié « d’attaque du 14 juin ». Elle appelle les autorités à prendre des mesures pour garantir la sécurité des étudiants en France. Cette agression fait en effet suite à la multiplication à Paris de vols et de violences ayant des Chinois pour cible.

Les trois agresseurs avaient été interpellés par les gendarmes juste après les faits. Deux sur les lieux de l’agression, qui ont eu des mots incohérents, et d’autres clairement racistes. Le troisième samedi. Trop saouls pour se souvenir, ils peineraient à expliquer leur comportement.

Après une nuit en garde à vue, ils ont été présentés hier en fin d’après-midi au parquet de Bordeaux, qui a décidé de l’ouverture d’une information judiciaire. Les faits méritent en effet des investigations supplémentaires pour être qualifiés et attribués avec précision. Les trois jeunes ont donc été mis en examen pour injures non publiques à caractère xénophobe et violences aggravées.

Pour le moment, les circonstances aggravantes retenues sont le fait que les violences ont été commises en réunion, avec une arme par destination et qu’elles ont occasionné une incapacité totale de travail de plus de huit jours. Mais les services du procureur ont évidemment souhaité que le caractère xénophobe ou non des violences entre dans le débat judiciaire. L’instruction dira si les Chinois ont été agressés en raison de leur nationalité ou parce que les agresseurs ivres voulaient en découdre quel que soit l’adversaire. Un placement en détention provisoire a été requis pour les trois.

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Rédigé par jeanfrisousteroverblog

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