Le provocateur de Bruxelles

Publié le 18 Juin 2013

Publié le 18/06/2013 à 06h00 | Mise à jour : 18/06/2013 à 09h48
Auteur Bruno Dive , pour sudouest.fr

commentaire(s) 0

Le provocateur de Bruxelles

Ainsi donc, pour M. Barroso, défendre la culture européenne (et française) serait « réactionnaire ». C’est du moins ce que le président de la Commission européenne a cru bon d’affirmer dans un entretien à un journal anglo-saxon. Voilà qui en dit long sur l’idée qu’on semble se faire de la culture dans certains bureaux de Bruxelles, et qui ne va pas contribuer à réconcilier les peuples avec l’Europe. On aurait préféré entendre M. Barroso s’exprimer avec autant de force, défendre avec la même vivacité les intérêts européens face aux agressions commerciales chinoises, aux chantages russes sur la livraison de gaz ou à l’espionnage américain de nos données informatiques. Mais il préfère réserver sa hargne à la France, qui l’a pourtant soutenu par deux fois (on se demande encore pourquoi) dans sa quête de la présidence bruxelloise.

Les esprits chagrins et les professionnels de l’autodénigrement verront dans cette déclaration intempestive un nouveau signe du déclin de la France, qui serait décidément bien peu de chose pour se faire traiter de la sorte. Ils diront que François Hollande paie là les deux années de sursis qu’il a réclamées pour ramener les déficits à 3 % du PIB. Erreur et confusion. Même endettée (moins que d’autres), la France a encore de beaux combats à mener. La culture, la défense de notre fameuse exception culturelle, est de ceux-là. Elle a obtenu de haute lutte que l’audiovisuel soit exclu des négociations sur l’accord de libre-échange que Barack Obama a proposé à l’Europe. On peut discuter de la stratégie : cette exclusion ne risque-t-elle pas de braquer les Américains sur d’autres dossiers ? Fallait-il la décider d’emblée ? Il n’empêche que la Commission européenne a reçu un mandat clair, qu’elle doit s’y tenir, et son président s’abstenir de commentaires aussi déplacés qu’insultants.

En entendant José Manuel Barroso se faire quelque part le porte-parole des industries américaines du cinéma ou d’Internet, une image nous revient. Celle du même Barroso, alors Premier ministre du Portugal, qui accueillait en 2003 aux Açores George W. Bush, Tony Blair et José Maria Aznar pour préparer la guerre d’Irak. Une guerre pour le coup très « réactionnaire » et qui a profondément divisé l’Europe. S’il veut faire oublier cette image et aider l’Europe, Barroso doit retirer ses propos. Ou démissionner.

Rédigé par jeanfrisousteroverblog

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article