Une santé aux mains du grand capital?

Publié le 10 Juin 2013

Une santé aux mains du grand capital?

Analyse des rapports liant la santé et l'économie mondiale

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27/04/2013

AW. - De Marie-Thérèse Hermange à Jean-Philippe Seta

Ainsi que le site du Nouvel Observateur l'indique à la date du 27 avril 2013 :
"L'ex-sénatrice UMP Marie-Thérèse Hermange et le N.2 de Servier, Jean-Philippe Seta, ont été mis en examen dans une enquête visant le laboratoire pharmaceutique, soupçonné d'être intervenu dans la rédac-tion d'un rapport sénatorial sur le Médiator, a annoncé samedi 27 avril une source judiciaire."

Ce rapport sénatorial est celui qui s'est présenté comme résultat officiel des travaux menés par la mission d'information mise en place par le Sénat sous la présidence de François Autain, madame Marie-Thérèse Hermange en étant la rapporteure, ce qui explique que le rapport soit un peu (beaucoup?) devenu sa "chose".

Affirmons-le immédiatement : ajoutées au rapport réalisé par l'IGAS (Inspection générale des affaires sociales), les auditions issues du travail de questionnement effectué par François Autain forment un cocktail détonant dont les médias se sont bien gardé de publier le centième. Il y a en effet, là, de quoi faire exploser non seulement l'AFSSAPS (Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé), mais le ministère de la Santé, l'industrie pharmaceutique dans son ensemble, sans parler du corps médical et de sa branche universitaire, ni des parlementaires, etc.

Ainsi, à sa façon, Marie-Thérèse Hermange est peut-être une héroïne qui s'ignore. Ce qui est sûr, c'est qu'en essayant d'amortir l'onde de choc, elle aura longtemps fait des heureux dans l'ensemble de la chaîne de corruption qui s'est mise en place, au long des dernières décennies, pour piller cette brave vache à lait qu'est la plantureuse Sécurité Sociale, qui s'apprête, d'ailleurs, à en mourir...

Pour ma part, il m'a semblé nécessaire de faire figurer ce petit texte sur la toute première page d'"Une santé aux mains du grand capital? - L'alerte du Médiator" :
"L’affaire du Médiator a donné lieu à la création d’une mission commune d’information Assemblée Nationale – Sénat.
En ce qui concerne celui-ci, toutes les vidéos réalisées à partir d’une petite centaine d’auditions sont, chacune dans son intégralité, accessibles sur Internet : c’est un vrai trésor.
En effet, la comparaison, qui peut s’établir entre les comptes rendus officiels et ce qui se voit et s’entend à partir des vidéos, est confondante pour les premiers qui sont tellement approximatifs qu’ils en deviennent tout simplement mensongers.
Or, sous la conduite de son président François Autain, le travail réalisé par la commission du Sénat (réduite cependant à sa plus simple expression) ouvre un boulevard à une recherche de grande ampleur, tant la parole humaine, délivrée en tant que telle, recèle de forces vives et de possibilités d’impacts.
On le constatera bien
vite…" (page 9)

Comme on le voit, il n'a pas été nécessaire d'attendre de pouvoir lire le rapport de Marie-Thérèse Hermange pour se trouver - un peu, beaucoup - intoxiqué... Les services de transcription du Sénat ont déjà fait du bon boulot. Il faut donc en féliciter la... démocratie apaisée.

Avant de pousser un peu plus loin les investigations qui s'imposent, je reprendrai ce que j'ai pu écrire à propos de la ligne de défense suivie par Jean-Philippe Seta, non sans souligner qu'elle me paraît tout à fait pertinente, si l'on veut bien se souvenir de la petite histoire du pot de terre et du pot de fer. Ecoutons-le tout d'abord :
"J'ai également une responsabilité à l'égard des 22 000 colla-borateurs des laboratoires Servier dans le monde et particulièrement des 5500 collaborateurs français. Ils doivent continuer à être fiers de travailler dans une industrie de vie et dans un laboratoire qui est une Fondation dans laquelle il n'y a jamais eu ni de stock-options, ni d'actions gratuites, ni de bonus, et qui a toujours voulu travailler pour le bien des patients." (page 247)
Ce que je commente de la façon suivante :
"Impossible de ne pas voir les quelques pointes qui sont orientées vers une firme pharmaceutique française qui, elle, manœuvre en grand avec stocks-options, actions gratuites et bonus." (pages 247-248)

Lisons quelques lignes encore d'"Une santé, etc." :
"À la question très précise que lui pose Marie-Thérèse Hermange : « Par rapport aux conflits d'intérêts, y a-t-il des appétits financiers ou économiques pour que Servier parte dans d'autres mains ? », Jean-Philippe Seta répond avec beaucoup d’aplomb et une certaine volubi-lité :
« Je rappelle que ce médicament a été retiré du marché français en novembre 2009. Un an plus tard, une campagne médiatique se déchaîne. »

Monde bien étrange, en vérité!

Michel J. Cuny

Vidéo (1) "Médiator" par Michel J. Cuny

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12/04/2013

AV. - J. Cahuzac : un médecin passé, avec armes et bagages, dans le camp de l'industrie pharmaceutique

À y regarder de près, il apparaît que, depuis les quatorze années qui séparent son article de 1999 dans la revue "Pouvoirs" du scandale qui devait le frapper en 2013, les propos d'autrefois de Jérôme Cahuzac n'ont été démentis que sur un point : il déplorait l'absence en France - et par incapacité de l'Etat - d'un grand groupe pharmaceutique de caractère véritablement international... Nous voici servis avec Sanofi.

Mais cette transformation essentielle ne contredit en rien la pertinence de l'ensemble de l'analyse qu'il nous fournissait en 1999. Bien au contraire, elle lui offre une illustration parfaite... et qui ne peut que nous faire frémir quant à la garantie que trouveraient nos santés dans l'actuel système de mise au point et de diffusion des médicaments. Regardons-y de plus près.

Ayant entamé sa vie professionnelle par l'exercice de la médecine, Jérôme Cahuzac est tout à fait fondé à commencer son analyse des rapports unissant le corps médical, l'Etat et l'industrie pharmaceutique par la situation du premier cité.

Voici d'abord ce que cela donne :
"La prescription médicale est indispensable au succès de l’industrie pharmaceutique [...]" (page 1 du document)

C'est ce que développait le paragraphe immédiatement antérieur :
"Les agents économiques que sont aussi les médecins confèrent à l’industrie son poids économique, puisque leurs prescriptions condi-tionnent la vente des médicaments : en 1997, 82 % de la consommation n’a pu être délivrée que sur présentation d’une ordonnance. Si le pouvoir médical existe, c’est donc, après les patients, sur l’industrie pharmaceutique qu’il s’exerce." (page 1)

Nous voyons que, sitôt abordée la question de l'économie de la santé et du "succès" de l'industrie pharmaceutique, les "patients" se trouvent réduits à la portion congrue... et leur santé avec. Serait-ce seulement une illusion de perspective?

En tout cas, Jérôme Cahuzac tient à nous signaler aussitôt une autre possible erreur de perspective :
"La relation entre le corps médical et l’industrie n’est peut-être pas aussi déséquilibrée, au profit du rôle et de l’influence des médecins, que ne pourrait le laisser penser le constat fait plus haut." (page 2)

Pour obtenir une idée plus précise de ce à quoi il est fait ici allusion, il suffit, une nouvelle fois, de revenir vers un paragraphe immédia-tement antérieur :
"[...] celle-ci [l'industrie pharmaceutique] est indispensable au progrès thérapeutique, puisque c’est de sa recherche que sont issues l’écrasante majorité des molécules réellement innovantes et porteuses d’avancées thérapeutiques. Mais alors, on peut penser que le pouvoir médical est réduit au strict devoir médical, pour se confondre avec lui, tant on voit mal les médecins ne pas mettre au service de leur art ce que la recherche et l’industrie pourraient apporter de mieux ou de beaucoup mieux. De fait, on les verrait mal prescrire ce qui pourrait être inutile voire dangereux." (pages 1-2)

En 1999, pour les plus naïfs, sans doute... Mais après le gentil et joli Médiator, il y a ici quelque chose qui nous fait tout de même un peu mal au... coeur. Si pas pire.

À suivre...

Michel J. Cuny

Vidéo (1) "Médiator" par Michel J. Cuny

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09/04/2013

AU. - La sensibilité de Jérôme Cahuzac à la loi du plus fort

C'est encore à la vigilance d'Anne Jouan que nous devons d'avoir appris ceci (site du Figaro, le 4 avril 2013) :
"Pouvoirs, la célèbre revue d'études constitutionnelles et politiques, créée en 1997, aux Presses universitaires de France, a accueilli, en 1999, la prose de Jérôme Cahuzac. À cette date, l'ancien conseiller médicament de Claude Evin (de 1988 à 1991) est alors conseiller général du Lot-et-Garonne. En 1993, il avait créé une entreprise de conseil pour l'industrie pharmaceutique."

Voici donc un chirurgien qui aura franchi le pas qui va de la médecine aux "conseils" : dans le cabinet d'un ministre de la Santé, comme élu local, et auprès de l'industrie du médicament. Son aptitude à fournir des "conseils" se sera donc trouvée peu à peu vérifiée, tandis qu'en retour, lui-même a pu s'interroger sur le niveau de rémunération que pouvait obtenir ce service de conseil auprès des différentes institutions. Or, si Jérome Cahuzac a effectivement fait fortune, il semble bien que cela soit dû à sa fréquentation du troisième segment ici délimité : est-ce conforme à la représentation qu'il s'est faite de la hiérarchisation des divers pouvoirs et de leur possible évolution dans le temps ?

Pour tenter d'apporter une réponse aussi précise que possible à cette question, revenons au texte d'Anne Jouan :
"C'est donc un homme qui connaît parfaitement les rouages des laboratoires qui s'exprime."

Par anticipation, complétons cette appréciation en remarquant que son intervention dans la revue Pouvoirs laisse à penser que Jérôme Cahuzac a pu également être de bon conseil pour lui-même en ce qui concerne la possible rémunération des places à prendre dans le système des pouvoirs qui s'organisent entre l'Etat, la médecine et l'industrie pharmaceutique.

Pour commencer de s'en convaincre, il suffira de lire la conclusion qu'il donne aux dix-huit pages de l'article très documenté qu'il a rédigé en 1999 :
"L'industrie pharmaceutique est théoriquement dépendante des médecins, seuls capables de prescrire, et de l'Etat, seul fondé à mettre un médicament sur le marché et à lui accorder un prix dès lors qu'il est remboursable aux assurés sociaux. L'évolution constatée ces vingt dernières années est qu'en fait les médecins, volens nolens, subissent une très grande influence de la part de l'industrie et que l'Etat, parce qu'il n'a jamais, jusqu'à une date récente, et en dehors de périodes brèves, su tenir une position claire et ferme, a échoué dans sa maîtrise des dépenses pharmaceutiques comme dans sa volonté de constituer des pôles industriels pharmaceutiques de niveau mondial."

Selon Jérôme Cahuzac, le vent de l'évolution soufflait donc dans le sens des intérêts de l'industrie du médicament... Qu'est-ce à dire? C'est ce que nous allons observer de plus près en analysant son article dans la revue Pouvoirs.

Michel J. Cuny

Vidéo (1) "Médiator" par Michel J. Cuny

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06/04/2013

AT. - De Jérôme Cahuzac à Jean-Michel Alexandre

Poursuivons notre lecture de l'article d'Anne Jouan :
"Contacté par Le Figaro, Claude Evin, aujourd'hui directeur général de l'Agence régionale de santé d'Ile-de-France, revient sur la création de la SARL Cahuzac. « Je ne savais pas qu'il avait créé une société pour donner des conseils à l'industrie pharmaceutique, confie-t-il. Je ne l'ai appris que récemment. Visiblement, il a conseillé des laboratoires sur l'élaboration de dossiers d'autorisation de mise sur le marché (la procédure que doivent suivre les firmes pour obtenir l'autorisation de commercialiser leurs molécules, NDLR) et sur les prix. »"

Veut-on voir en quoi le professeur Jean-Michel Alexandre - aujourd'hui mis en examen au titre de la glorieuse affaire du Médiator - est, à sa façon, un héritier de Jérôme Cahuzac ? Ouvrons "Une santé aux mains du grand capital? - L'alerte du Médiator" aux pages 187 et 188 :
"Si, maintenant, nous voulons prendre la question sous un autre angle, nous pouvons retenir le témoignage du professeur Alexandre lui-même, qui a longtemps été président de la Commission d’AMM [autorisation de mise sur le marché]. Nous découvrons qu’il a quitté l’AFSSAPS depuis déjà une dizaine d’années, et que, désormais, à tra-vers sa société "Jean-Michel Alexandre SA", il est devenu consultant scientifique de 30 à 40 firmes pharmaceutiques dans le monde… Mais il est également membre de Pharnext, une société de biotechnologie qui enregistre des brevets et essaie de développer des molécules. Les rai-sons qu’il avance pour expliquer son acceptation d’une telle fonction nous permettent de faire un pas en avant : « Je suis dans ce comité de direction pour les aider au plan scientifique et réglementaire : leur dire ce qu’il convient de faire pour proposer un dossier de développement clinique qui puisse être présenté un jour à une autorisation de mise sur le marché. »
Il convient donc de bien souligner cette liaison côté scientifique et côté réglementaire. La permanence de la présence du LEEM [le syndicat patronal des industries du médicament!] montre bien que, dans ces deux dimensions, il y a une évolution permanente qu’il s’agit de connaître dans tous ses détails : la connaître pour en tirer les consé-quences dans les pratiques de recherche, mais aussi dans l’élaboration des demandes d’autorisation de mise sur le marché. Il y va de certains enjeux stratégiques qui s’éclaireront pour nous lorsque nous consi-dérerons l’évolution récente de la réglementation des AMM, en particulier au plan européen.
N’oublions pas, par ailleurs, ce que le docteur Éric Abadie nous a dit de cet heureux temps où, à l’intérieur du syndicat patronal de l’in-dustrie pharmaceutique, il avait d’importantes activités, en particulier dans les Commissions d’AMM, et vivait « d’excellentes années, des années de contacts, des années scientifiques aussi ».

Gare à cette pseudo-science!... qui n'est, bien sûr, qu'une affaire d'embrouilles toutes plus médiatoresques les unes que les autres, et qui mettent la main "A votre bonne santé, mesdames et messieurs!"

Michel J. Cuny

Vidéo (1) "Médiator" par Michel J. Cuny

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04/04/2013

AS. - Ce Jérôme Cahuzac qui s'offre comme poisson-pilote...

Ainsi que nous l'annonce le site du Figaro à la date du 4 avril 2013 par un message dû à Anne Jouan :
"Jérôme Cahuzac a travaillé de 1988 à 1991 au cabinet de Claude Évin, alors ministre de la Santé, en tant que conseiller en charge de l'industrie pharmaceutique. Un poste qui lui a permis de nouer de pré-cieux contacts dans le secteur."

De ces personnages qui font l'aller-retour entre les ministères et les affaires, en voici d'autres. Ouvrons "Une santé aux mains du grand capital?" à la page 208 dont le contenu est repris des travaux de la mission d'information du Sénat sur le Médiator :
"Nous évoquons ici, bien sûr, la personne de Jacques de Tourne-mire, ancien conseiller pour les industries de santé au cabinet du ministre de la santé, de la famille et des personnes handicapées, Jean-François Mattéi. Sans se départir d’un calme olympien, il déclare :
« Depuis, j'ai travaillé pour une entreprise pharmaceutique, Pfizer, entre 2007 et 2010, et depuis, je suis consultant et j'interviens dans le domaine de la santé, et, à ce titre je travaille avec un certain nombre de laboratoires pharmaceutiques. » Dans la pharmacie, Pfizer n'est guère que le numéro 1 mondial, s'il vous plaît...
Mais voici venir Louis-Charles Viossat, dont le cas est assez différen
t : « Lorsque Jean-François Mattéi m’avait proposé en mai 2002 de diriger son cabinet, j’avais passé environ 3 ans à la Banque mondiale, aux États-Unis, et à l’époque je m’occupais de problèmes de santé, de retraites et d’emploi dans la région Asie et Pacifique, mais depuis 9 mois je venais de rejoindre la filiale française de Eli Lilly qui est une société pharmaceutique basée à Indianapolis. »
Et depuis qu’il a quitté Jean-François Mattéi et son ministère de la Santé… : « J’exerce les fonctions de directeur des affaires gouverne-mentales du groupe Abbott en Europe, c’est-à-dire à Bruxelles et dans une quarantaine de pays. Abbott est un groupe mondial de santé qui est présent dans la nutrition, dans le diagnostic, dans les dispositifs médicaux et également dans le domaine de la pharmacie. »

Revenons au texte d'Anne Jouan :
"Au début des années 1990, le prix des médicaments et leur taux de remboursement par la Sécurité Sociale, deux points fondamentaux pour les laboratoires pharmaceutiques qui ont intérêt à avoir un médicament vendu cher et remboursé le plus possible par la Sécurité sociale, sont décidés par la commission de la transparence mais c'est le ministère de la Santé qui a le dernier mot. Ce n'est qu'en 1995 qu'est créé le comité économique des produits de santé (CEPS), organisme interministériel chargé de fixer le prix des médicaments."

Certes, mais l'existence du CEPS n'aura pas empêché la survenue en décembre 2002 d'un phénomène très curieux... Alors que la Sécurité sociale, tenant compte d'un avis de la Commission de transparence proclamant l'insuffisance du service médical rendu par le Médiator, demandait au ministre Mattéi l'application d'une baisse de moitié de son prix de vente. Pas de réponse...

L'explication de cette désinvolture se présente à la page 123 d'"Une santé aux mains du grand capital?" Nous allons y retrouver l'un des futurs collaborateurs de Pfizer et de quelques autres laboratoires, monsieur de Tournemire, alors conseiller technique auprès du ministre responsable de l'étrange silence. Voici son chef devant la mission d'information du Sénat :
"Que pense de cette désinvolture celui qui était ministre de la Santé à l’époque : Jean-François Mattéi ? N’est-il pas coresponsable ? Le sénateur Bernard Cazeau qui, en ce 8 février 2011, préside occa-sionnellement la séance de la mission d’information de la Haute Assemblée, ne lui veut manifestement aucun mal. L’ayant interrogé, mais prenant aussitôt les devants, le sénateur déclare, sur un ton savoureusement patelin : « De toute façon, vous avez un de vos collaborateurs, Jacques de Tournemire, qui était conseiller technique chez vous, qui a pris sur lui justement cette affaire, et il dit dans un interview assez récent : "Je ne m’explique pas pourquoi nous n’avons rien fait. C’est indéniable. Il y a bien une note qui dit qu’il faut baisser." » 30 Et encore : "On ne l’a pas fait. S’il y a une responsabi-lité, c’est la mienne puisque j’étais chargé de la politique du médi-cament."

Pour 2001, Médiator avait coûté 30 millions d'euros à la Sécurité sociale. Pour la suite, Jacques Servier aura donc dû une fière chandelle à Jacques de Tournemire, si pas au ministre Mattéi...

Michel J. Cuny

Vidéo (1) "Médiator" par Michel J. Cuny

Vidéo (2) "Médiator" par Michel J. Cuny

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19/03/2013

AR. - Une charrette pour l'Afssaps

Le site de L'Express nous l'a indiqué à la date du 19 mars :

"Le directeur général de l'Agence du médicament (ANSM), Domi-nique Maraninchi, a été convoqué ce mardi par les juges en charge de l'instruction de l'affaire Médiator, en vue d'une possible mise en examen de l'Agence, a annoncé l'ANSM."

Très évidemment, ce n'est ni Dominique Maraninchi, ni l'Ansm qui sont en cause. Ce ne peut être que l'Afssaps et son directeur de l'époque de la chute du Médiator, l'inénarrable Jean Marimbert...

Mais de quoi s'agit-il donc ? Citons L'Express qui évoque l'éven-tualité d'une "mise en examen" "pour les chefs d'inculpations d'homi-cide involontaire et blessures involontaires, pour des fautes de négli-gence commises entre 1995 et 2009".

De 1995 à 2009, ça fait vraiment du monde... Mais, comme chacun sait - ou devrait le savoir -, ce n'est encore qu'un tout petit bout de l'affaire...

Pour ma part, je m'en tiendrai à un passage de "Une santé aux mains du grand capital? - L'alerte du Médiator" (pages 182-183). Il concerne le fonctionnement de cette fameuse commission d'AMM (Autorisation de mise sur le marché) qui authentifie les qualités thérapeutiques permettant à un médicament de faire son entrée sur le marché, c'est-à-dire d'être prescrit et remboursé à tel ou tel taux par la gentille Sécurité sociale. A la surprise générale de la mission d'information du Sénat présidée par François Autain, il est apparu que le syndicat patronal de l'industrie pharmaceutique (LEEM, Les industries du médicament) était représenté dans cette Commission... alors que les décisions d'acceptation qui y sont prises concernent directement les laboratoires eux-mêmes...

Voici alors, ce que j'en ai écrit (pages 182-183) :
"Non seulement, le LEEM était présent dans la phase finale, mais il pouvait également assister aux séances plus techniques des groupes de travail qui se situent donc en aval de la décision, et qui la préparent…

François Autain : « Vous ne respectiez pas la réglementation. Vous en étiez conscient ? »

Jean Marimbert : « J’en étais conscient. Absolument. J’en étais conscient, de cela. Je n’ai pas pris la décision dont vous venez de me parler [de rompre avec cette "pratique qui existait de longue date"], et maintenant je vous dis que, dans le contexte des débats sur l’impartialité de l’évaluation, je pense que la décision qui a été prise récemment [d'exclure le LEEM de la commission d'AMM] est une bonne décision. »

Ayant lu, comme nous, que l’article R5121-57 du Code de la santé publique permet, au-delà des représentants des fabricants de produits pharmaceutiques, d’auditionner, par exemple, des organisations de consommateurs, notre procureur d’occasion poursuit :
« Mais pourquoi alors n'avez-vous pas répondu aux demandes des associations de patients qui veulent participer à des instances.
Jean Marimbert : [...] Cela suppose des modifications de textes réglementaires...
Fra
nçois Autain : Il n'en fallait pas pour le LEEM ?
Jea
n Marimbert : ... elles ont été proposées au ministère...
Fra
nçois Autain : Mais, attendez, vous avez fait pour le LEEM... Vous avez laissé faire alors que la réglementation ne le permet pas. Donc, dans un cas, il vous faut une réglementation, et dans l'autre vous n'en avez pas besoin. Pourquoi ce déséquilibre? Pourquoi cette différence de traitement? »

Mais chut, ce livre-là, "Une santé aux mains du grand capital?" ne fait que circuler sous le manteau... Il n'a d'ailleurs droit à rien d'autre... Bien sûr.

Il a même tellement inquiété la revue "Prescrire", que, depuis dix-huit mois, elle fait très exactement comme si elle ne savait pas qu'il existe. En veut-on des preuves?... Un clic?

Michel J. Cuny

Vidéo (1) "Médiator" par Michel J. Cuny

Vidéo (2) "Médiator" par Michel J. Cuny

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21:19 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : l'express, ansm, afssaps, dominique maraninchi, jean marimbert, médiator, françois autain, leem

Rédigé par jeanfrisousteroverblog

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