Et a la fin c'est toujours Michel Desjoyeaux qui gagne !

Publié le 1 Février 2009

LE VAINQUEUR : Au coeur du système et de l'équipe  Desjoyeaux    link desjoyaux au dessus de l'eau

Michel Desjoyeaux, attendu aujourd'hui aux Sables d'Olonnes (Photo Xavier Léoty)

Comprendre la suprématie de Michel Desjoyeaux sur la course au large en solitaire (deux Vendée Globe, trois Solitaire du Figaro, une Transat Anglaise, une Route du Rhum), ce n'est pas seulement lire ses virements de bord au bon moment, ses choix tactiques réussis et sa capacité à mettre du charbon. Mais regarder l'ensemble d'une histoire qui a construit un pilote - technicien - chef d'entreprise, qu'on aime ou qui agace, mais qu'on ne peut qu'applaudir.


1 La famille : au nom du père... et du frère


Henri, le papa, est une sommité dans le Finistère. Avant de rencontrer May, la maman, sur un bateau de plaisance, le bonhomme a été co-fondateur de la prestigieuse École des Glénans. Ensuite, ce précurseur a créé un chantier naval à Port-La-Forêt « un trou où il n'y avait rien », sourit Éric Coquerel, conseiller de Michel Desjoyeaux durant huit ans. Aujourd'hui, CDK-Technologies, dirigé par Hubert, l'avant dernier des sept enfants, possède deux entrepôts, emploie 30 personnes en basse saison, 50 aux heures de pointe, a construit (entre autres) neuf bateaux de ce Vendée Globe (dont les 3 premiers) et le maxi-trimaran « Banque Populaire V » de Pascal Bidégorry. Et la « Vallée e des Fous », surnom donné au petit port près de Concarneau, est devenue « un must » de la course au large.


Yves Parlier

 

Michel dans tout ça ? Le petit dernier, l'un des deux avec Hubert à avoir fait de la passion paternelle son métier, a grandi dans cet environnement. « Notre père nous a transmis son goût de l'effort, de créer, dit Hubert. Mais avec Michel, on n'a jamais trop discuté, vu la différence d'âge (7 ans). Un petit détail qui veut dire beaucoup. » Michel a été élevé en autarcie, a touché un peu à tout en voile. Et en tire aujourd'hui une indépendance d'esprit et une « débrouillardise » en terme de fabrication », dit Éric Coquerel.

« Si vous prenez Michel, Jean Le Cam ou Roland Jourdain, ils ont un point commun, pointe Yves Parlier. Ils ont grandi à côté d'un chantier nautique. Cela les a rendus autonomes dans tous les domaines. On dit que l'école du Figaro est un passage obligé pour le solitaire : oui, mais ce n'est pas suffisant. »


2 Les amis : Le Cam, Jourdain, évidemment


S'il y a une qualité que tout le monde reconnaît à « Mich'Desj'», c'est sa « fidélité » en amitié. C'est avec un Bordelais rencontré dix ans auparavant par hasard sur une course (Jean-Paul Roux), qu'il a décidé de créer en 1999 son écurie « Mer Agitée ». C'est avec un proche de la famille, Christian Le Pape, qu'il a contribué à la mise en place du centre d'entraînement de Port-La-Forêt en 1991, aujourd'hui pôle France de course au large connu et reconnu.

Avec lui : Roland Jourdain et Jean Le Cam. Au Cap Horn, l'histoire était belle : « Mich'», en tête, devant son copain d'enfance « Bilou » et celui de son frère, Jean Le Cam. Pas un hasard. Ces trois-là se fréquentent depuis 25 ans. Avec des parcours différents, ils se sont tirés la bourre, avec un goût appuyé de la compétition et la fierté bretonne.

« On est différent et on s'est apporté l'un l'autre sans le chercher, reprend le « roi Jean ». Mich'était sans doute le meilleur technicien, moi peut-être un peu plus marin et Bilou plus ouvert sur l'extérieur. »


3 Le marin : un puits d'expérience


« Il faut qu'on se pose les bonnes questions. Je ne crois pas au coup de la bonne fée qui s'est penchée sur le berceau. » Du Jean Le Cam dans le texte. « Le Vendée Globe abouti de Michel n'est pas celui d'un gamin de 16 ans, insiste Jean-Paul Roux, l'associé. Mais le fruit de 20-25 ans de navigation. » Dont une dizaine comme équipier de ténors : Tabarly, pour un premier tour du monde à 18 ans, Jeantot, ou Maurel, sur de multiples supports des grands monocoques de la Whitbread (tour du monde en équipage) au petit catamaran de sport. « Je pense que sa capacité à mener un tel rythme vient de son expérience en multicoques 60 pieds, glisse Éric Coquerel. Il est un des rares à avoir traversé l'Atlantique avec, cela lui a donné une confiance qui permet d'oser ce que d'autres, comme Jean (Le Cam), n'ont pas fait. » « Et c'est l'un des skippers qui connaît le mieux son bateau, ses capacités et limites » dit Hubert, le frère.

Le « Professeur », surnom glané sur le circuit Figaro en 1996, a aussi pour lui son « pragmatisme ». Rarement d'options suicidaires, la prime à la régularité. « Pour construire son bateau, insiste Yves Parlier, il a fait assez simple, s'appuyant sur des moules existants, privilégiant la fiabilité. » Son précédent monocoque, lui, a gagné deux fois et devrait finir son 3e Vendée avec Samantha Davies (4e).


4 L'homme : déterminé et contreversé


« Sans esbrouffe » (Yves Parlier), « libre d'esprit » (Éric Coquerel), « compétiteur dans l'âme qui va au bout de ce qu'il entreprend et curieux de tout » (Jean-Paul Roux) : l'homme Desjoyeaux explique le marin. Direct, parfois abrupt, il agace pourtant parfois, use selon certains de son influence, calcule. Marc Guillemot épinglait ainsi hier certains propos ressentis comme « prétentieux. » « On le taxe parfois d'arrogance, défend Coquerel. En fait, Michel aime être politiquement incorrect et, parfois, son message en est mal perçu. »

Mais les 82 jours de course ont révélé une autre facette que l'image du régatier sans pitié et sûr de lui : heureux, profitant, partageant. Tactique de com ? « Non, dit Jean-Paul Roux. Il est tel qu'on le connaît au quotidien : jamais avare de jeux de mots, aimant bien parler, bon vivant. Seulement, c'est quelqu'un qui n'aime pas montrer ses failles. Surtout lorsqu'il est en tête et que ses adversaires l'écoutent. » « Contrairement à ce qu'on pense, il partage beaucoup avec les jeunes », glissait Samantha Davies, au départ.


5 L'équipe : optimiser les forces


« Mer agitée », société anonyme constituée par le marin et Jean-Paul Roux juste avant sa première victoire dans le Vendée Globe, constitue une des bases de sa réussite aujourd'hui. « L'objectif mettre en commun des moyens, financiers, humains et techniques pour être plus efficaces et rentables, explique Jean-Paul Roux, qui s'occupe aussi des contrats d'image (lire ci-dessus). C'est une idée qu'il avait depuis longtemps, sur des bases qui existaient surtout en auto. »

Vincent Riou et Sébastien Josse se sont ainsi appuyés sur Mer Agité, qui compte 12 salariés (jusqu'à 27 dans les périodes de pointe), chacun spécialiste dans son domaine. La SARL tire ses fonds à 80 % de l'apport des budgets sponsors et 20 % de services rendus à des clients, avec un chiffre d'affaires de 2,5 M? en 2008 pour un bénéfice de 125 000 ?. « Depuis deux ans, nous avons de plus en plus de partenaires techniques pour lesquels nous sommes un labo géant », dit le Bordelais.


En étant choisi fin 2006 par Foncia lorsque la société du président du Racing-Métro Jacky Lorenzetti (1) a décidé de passer du multicoque au monocoque, Michel Desjoyeaux s'est aussi rapproché d'Alain Gautier, skipper historique de la marque devenu manager, et a bénéficié des moyens financiers, et de communication d'un groupe présent dans la voile depuis 1999.

 

Dernière minute  " Mich ' Dej " est maintenant le  vainqueur officiel du vendée club challenge alors qu'ilavait du revenir au port de départ suite a une avarie et était reparti avec  40 heures de retard quelle belle aventure et une bien belle histoire aussi  voir le triomphe de Desjoyaux link


(1) Créateur de Foncia, il a vendu la société en 2008 au groupe Banque Populaire et a laissé la présidence le 31 décembre. Il finance le Racing à titre privé.



( source sud -ouest )

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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