Gisèle Halimi déclare "L'indépendance économique avant tout"
Publié le 8 Mars 2009
A 80 ans, Gisele Halimi reste une pionnère du féminisme et de la lutte contre l'obscurantisme.
« Sud Ouest ». Comment êtes-vous devenue féministe ?
Gisèle Halimi. C'est parti d'une révolte non formulée, sauvage. Le « puisque tu es une fille » avancé par ma mère m'a toujours paru injuste. Je raconte dans mon livre (1) qu'il aurait fallu que nous servions nos frères alors que ma soeur et moi étions brillantes et eux des cancres. Ce qui a provoqué ma première rébellion avec refus de sortir du lit et grève de la faim. Ensuite, contrairement à Simone de Beauvoir, j'ai toujours considéré que le féminisme était un projet politique. Plus tard, avec Beauvoir, j'ai théorisé pour arriver au même point.
Reste que mon féminisme, c'est ma vie, mes voies personnelles, mes choix. C'est parce que ma souffrance de fille m'asphyxiait que je suis devenue instinctivement
d'abord féministe. Ensuite, je me suis demandé pourquoi une femme était dévaluée, sous-estimée, voire méprisée ou violentée parce que femme et uniquement pour cela. Enfin, il y a eu la révélation
fulgurante et dans la souffrance que mon corps n'était pas le mien mais celui d'oukases imposées par les hommes. Une journée
pour le bien-être des femmes
Avez-vous le sentiment que les acquis du féminisme sont remis en cause dans notre société ?
Les acquis sont toujours précaires. Derrière les lois, il y a un système politique et économique dans lequel tout peut reprendre. On note néanmoins une régression
importante des violences faites aux femmes. Leur indépendance économique a progressé. Et même si elles ont souvent des salaires faibles, elles ont pu s'intégrer dans des réseaux de socialisation.
La situation des femmes repose sur deux socles : la liberté de s'appartenir et l'indépendance économique. DEMAIN 08 MARS PRENEZ
LES CHOSES EN MAIN : JOURNEE INTERNATIONALE DE LA FEMME
Que pensez-vous de la place prépondérante accordée à la maternité ?
Je ne suis pas d'accord avec la culpabilisation des femmes qui n'ont pas d'enfants, comme si c'étaient des demi-femmes. On les maintient dans un statut de suspicion
qui est un piège que l'on referme sur elles. Mais la maternité peut aussi être un piège fusionnel. Quand les enfants partent, les femmes se sentent nues affectivement, abandonnées. La société
fabrique le désir d'enfant parce qu'elle y a tout intérêt et que cela permet d'éloigner les femmes des vraies responsabilités.
À 80 ans, vous continuez de travailler. Pourquoi ?
Le vrai problème, c'est de savoir si ma tête fonctionne. Tant que ça marche, je continue. Mon métier m'a énormément apporté et sans lui il y a des livres que je
n'aurais pas écrits. J'écris depuis que j'ai 10 ans. Quand j'étais petite, j'avais une boulimie de lecture. Je passais une partie de la nuit couchée sur le sol avec une petite lampe pour que ma
mère ne me voie pas. Au fil des ans le lien écriture-action est devenu un véritable besoin. Écrire m'oblige à rationaliser mes choix fondamentaux, à comprendre leurs liens. Ce qui me place à
l'opposé du repli sur soi-même, du rejet des autres.
(1) « Ne vous résignez jamais », éd. Plon, 246 p., 20,90 ?.
( source sud-ouest )
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