La pédophilie publicitaire

Publié le 21 Mars 2009

La pédophilie publicitaire


Nous sommes soucieux de protéger nos enfants.

Quoi de plus normal ?


Sur les ondes, dans la presse écrite, partout depuis des années, il n'est question que de mettre l'enfance à l'abri.

Les récentes violences - y compris meurtrières - dans l'enceinte de l'école ont ravivé cette obsession.

On se bat donc contre la violence des images, mais d'abord, bien sûr, contre les pédophiles et les complaisances de jadis. Soit.

Nul ne se plaindra de cette vigilance quotidiennement réaffirmée.

On demeure néanmoins étonné que, dans tout ce tumulte, personne ne songe à désigner une autre sorte de pédophilie qui, du soir au matin, agresse littéralement nos petits en manipulant, bien sûr, leur consentement.

Et en louchant sur leur argent ou celui de leurs parents. Une agression mieux perceptible en ces temps de crise et de consumérisme compulsif.


On songe évidemment à cet énorme et omniprésent discours publicitaire, à ce marketing sans scrupules, à ces médias spécialisés qui ciblent leurs campagnes sur les enfants - de plus en plus jeunes - pour faire d'eux, lentement mais sûrement, des consommateurs dociles.


Ces bambins, selon les instituts de sondage, passent en moyenne cent vingt-huit minutes devant la télévision et autant à l'écoute des radios.

En tant que consommateurs, ils sont donc devenus des « prescripteurs » dont il est rentable de capter les suffrages.

Des prescripteurs qui, commercialement parlant, « gouvernent » souvent leurs parents.

Or, un annonceur expliquait récemment que, dans l'audiovisuel,

« toucher les enfants coûte environ trois fois moins cher que de viser les ménagères de moins de 50 ans » (on notera l'emploi du verbe toucher...).

D'où ce rush du grand bastringue publicitaire vers les plus petits...


C'est fou et consternant à la fois.

Si les mots ont un sens, n'y a-t-il pas là une pédophilie publicitaire ?


Pourquoi nos moralisateurs, si prompts à dénoncer l'« atteinte à l'enfance » lorsqu'il s'agit de sexe ou de violence, se tiennent-ils cois dès lors qu'il s'agit de l'idéologie marchande ?

La manipulation qu'évoque le Code pénal pour caractériser la pédophilie n'est-elle pas, ontologiquement, la même ?

N'y a-t-il pas, ici comme là, « usage abusif d'un ascendant sur

mineur » ?


Certes, dira-t-on, voilà belle lurette que l'enfance est un marché et bien longtemps qu'existent, y compris sur les chaînes publiques, des tranches horaires stratégiquement destinées aux enfants.

Avec la pub et les tam-tams racoleurs qui vont avec. Depuis plus longtemps encore, une presse enfantine et un secteur d'édition pour très jeunes participent, par la force des choses, d'une démarche mercantile.


Pourquoi s'indigner ?


C'est affaire de dosage, c'est affaire de trop. Et de cynisme. Ce qui se généralise aujourd'hui, c'est bien une agression planifiée et techniquement pensée.

On songe à ces fameuses polémiques sur « l'idéologie du droit de l'enfant » qui ont mobilisé les intellectuels, voici quelques années.

Sous couvert d'autonomie et de défense des enfants, disent-ils, on en arrive à congédier le concept même d'enfance.

En faisant fictivement de l'enfant un « adulte acheteur » en réduction.

En récusant toute idée de tutelle nécessaire, d'apprentissage, d'éducation...

Car il est vrai, comme l'observait un magistrat, que les « droits de l'enfant » ainsi conçus représentent une « formidable aubaine commerciale ».


Or, en reformulant tous les bla-bla irresponsables sur le thème de l'enfant maître de ses choix et de ses achats, le discours

publicitaire « segmenté » nous désigne le point d'arrivée de cette vulgate.

En faisant mine de considérer l'enfant comme un adulte en miniature, on s'autorise à le traiter comme une clientèle privilégiée et manipulable du grand commerce.


Et c'est misère !

Auteur : jean-claude guillebaud

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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