Crise , les Français sont très pessimistes
Publié le 26 Mars 2009
Majoritairement pessimistes, les Français n'espèrent pas, pour la plupart, que la crise se termine avant la fin de l'année prochaine. Sceptiques sur les chances d'une vraie réforme économique, ils sont très nombreux à prévoir des révoltes ou des manifestations violentes de mécontentement.
Tels sont les principaux enseignements d'un sondage réalisé par TNS Sofres et la société informatique Logica pour le compte de France 2 et de la presse
quotidienne régionale, quelques jours avant l'émission prévue ce soir sur la chaîne nationale avec Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international ).
Une crise « minimisée »
Pour la grande majorité de l'opinion, la crise n'est pas un événement passager ni un phénomène amplifié par les médias ou par les politiques. Moins d'un quart des Français seulement estiment qu'on « exagère » la gravité de la situation, contre plus de la moitié qui pensent qu'on la sous-estime. Les ouvriers (56 %) comme les sympathisants de gauche sont encore plus nombreux à éprouver ce sentiment que la moyenne de la population.
On observe cependant un assez net décalage sur ce point entre l'UMP et l'extrême gauche : plus de 60 % des sympathisants des formations trotskistes et du PCF estiment que l'ampleur de la récession est minimisée. Les proches du parti présidentiel ne sont que 30 % à formuler ce point de vue. Mais, même dans les rangs de l'UMP, une proportion légèrement supérieure professe l'opinion inverse.
Un clivage relatif se manifeste également lorsqu'il s'agit d'identifier les principaux responsables des événements. Dans son ensemble, l'opinion dédouane certes
assez largement les experts qui étaient pourtant loin d'avoir tous vu venir la crise, ainsi que les grandes entreprises.
La droite contre les banques
Les actionnaires et les fonds d'investissement ne sont pas considérés comme les plus coupables, même s'ils sont fréquemment cités. À l'inverse, les banques et les dirigeants politiques figurent dans l'ordre en très bonne place au rang des accusés. Mais les sympathisants de droite sont encore plus nombreux à stigmatiser les premières que ceux de gauche.
Cette disparité peut sans doute s'expliquer partiellement par le fait que la droite est au pouvoir et que ses sympathisants hésitent un peu plus à la mettre en cause.
Mais l'analyse des réponses des catégories socioprofessionnelles sur ce point fournit peut-être un autre élément d'explication : en effet, le groupe des artisans, commerçants, chefs d'entreprise, qui par ailleurs penche majoritairement à droite, est le plus sévère à l'égard des banques. 68 % de ces professionnels pointent en premier lieu les responsabilités du monde bancaire, contre 58 % chez l'ensemble des Français.
Une animosité particulièrement forte à l'égard de la finance semble donc émaner de ces acteurs économiques, dont beaucoup sont amenés, de par leur métier, à
recourir souvent au monde bancaire, et pas toujours avec des résultats concluants.
Des phénomènes de révolte
Moins stigmatisés que les banques, les politiques ne s'en tirent cependant pas au mieux puisqu'ils occupent le deuxième rang dans l'ordre des responsabilités. Surtout, au-delà de ces critiques, les personnes interrogées doutent fortement de la capacité des gouvernants de France et d'ailleurs à mettre en oeuvre de profondes réformes du système capitaliste.
Sur ce plan, le scepticisme transcende toutes les différences sociales, politiques, géographiques et démographiques, même si les ouvriers (3 %) et les sympathisants trotskistes (5 %) sont particulièrement peu nombreux à attendre une réforme de grande ampleur.
Il ne faut donc pas forcément s'étonner dans ces conditions que près des deux tiers des Français (64 %) prévoient des phénomènes de révolte et de violence. Les sympathisants UMP sont les seuls à penser presque majoritairement le contraire (49 %). Mais ils sont tout de même 46 % à pronostiquer implicitement que les tentatives de déminage présidentiel et gouvernemental ne parviendront pas à calmer la colère provoquée par des événements dont pas grand monde ne prévoyait il y a six mois la dimension potentiellement tragique.
Même Ségolène Royal le reconnaît en privé : « Ce serait un bon candidat. Lui au moins, il est créatif. » Lui ? C'est celui avec qui la candidate avait déjeuné
sous l'oeil des photographes entre les deux tours de la présidentielle, laissant ainsi entendre qu'elle aurait pu en faire son Premier ministre. Dominique Strauss-Kahn, finalement poussé par
Nicolas Sarkozy à prendre la direction du FMI.
Tel un chef d'État
Si le président espérait ainsi éloigner un dangereux rival pour 2012, il a fait un mauvais calcul. Car, entre Washington et ses nombreux passages en Europe et en France, DSK fait toujours partie du paysage politique. Impossible de ne pas le compter parmi les candidats socialistes potentiels à la prochaine élection, même si son mandat à la tête du Fonds monétaire international ne s'achève qu'en octobre 2012.
En témoigne la visite de deux jours qu'il effectue à Paris, aussi chargée que celle d'un chef d'État. Hier, il était reçu par Nicolas Sarkozy avant d'être entendu par la commission des finances de l'Assemblée nationale. Et les médias se l'arrachent. Ainsi, il sera ce soir l'invité vedette d'Arlette Chabot dans « À vous de juger », sur France 2.
Bien sûr, il ne dira pas - comme Sarkozy en novembre 2003 - qu'il « y pense, et pas seulement en se rasant ». Inutile de sortir si vite du bois.
C'est exclusivement en tant que directeur du FMI que Dominique Strauss-Kahn s'exprime. Avec la crise économique et financière, il a suffisamment de quoi dire. «
La crise, c'est peut-être un signe du destin », glisse l'un de ses proches. « Il sait ce qu'il faudrait faire. » Le même se dit persuadé que Sarkozy « redoute » Strauss-Kahn dans le grand
débat d'entre les deux tours.
Recadré par Fillon
Le FMI est aujourd'hui l'instance vers laquelle se tournent des États au bord de la faillite, y compris des pays membres de l'Union européenne, comme la Lettonie ou la Hongrie. DSK arrive d'ailleurs de Bucarest, où il a participé à l'octroi d'un prêt de 20 milliards d'euros sur deux ans.
Le Fonds monétaire international vient de simplifier ses procédures d'attribution de prêts, avec la création d'un prêt sans limite de montant ni critères de performance, qui doit conférer à l'institution internationale plus de réactivité face à la crise. Et accessoirement modifier l'image désastreuse que s'était forgée le FMI depuis des années auprès des pays en voie de développement.
À l'approche du G20 de Londres, qui voit Américains et Européens étaler leurs divergences sur la place publique, la parole de Dominique Strauss-Kahn compte forcément, qu'il s'agisse de plaider pour une meilleure régulation du capitalisme mondial (souhaitée par les Européens) ou une relance économique plus massive (réclamée par les Américains). DSK a joint sa voix à celle de Barack Obama, ce qui lui a valu de se faire recadrer par François Fillon, en visite à Washington au début de la semaine.
Mais ensuite ? La voie est étroite vers la présidentielle. Amis comme adversaires, beaucoup doutent qu'il en ait suffisamment envie pour se lancer dans une
campagne. « Il a une revanche à prendre sur la primaire de 2006, corrige Jean-Christophe Cambadélis, qui dirige désormais son courant. Ne vous y trompez pas : c'est un puissant moteur !
»
Il a reçu Martine Aubry
Si DSK conserve une belle cote dans l'opinion, il souffre du fait d'être aujourd'hui plus populaire à droite qu'à gauche. Ainsi, selon notre sondage (lire par ailleurs), si 45 % des Français lui font confiance pour lutter contre la crise (et autant qui ne lui font pas confiance), ils sont seulement 42 % à gauche (contre 49 % !), mais 54 % à droite (contre 39 %) à lui donner crédit !
Autre handicap, son courant a éclaté lors du congrès de Reims. Un congrès dont il s'est soigneusement tenu à l'écart, autant par intérêt que par obligation de réserve.
Ce qui ne l'a pas empêché de garder le contact avec les un(es) ou les autres. Ainsi avait-il reçu durant l'été Martine Aubry dans son riad de Marrakech. « Elle lui a fait du charme », raconte un témoin. « Nous étions les deux piliers de l'équipe Jospin », lui a dit Aubry. « Jospin n'est plus là. Sans nous, il n'y a plus de gauche. » Strauss-Kahn lui aurait donné son absolution pour devenir premier secrétaire. À charge pour elle de renvoyer l'ascenseur en 2011...
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Laurence Parisot. (photo afp)
Au lendemain du discours prononcé par Nicolas Sarkozy à Saint-Quentin, le pays reste plus que jamais confronté à une dure réalité économique et sociale, que les chiffres de l'emploi pour le mois écoulé contribuent à mettre en évidence.
Le nombre de chômeurs n'ayant pas du tout travaillé dans le mois, et se trouvant effectivement en recherche d'emploi, a certes progressé un tout petit peu moins vite en février qu'en janvier. On a compté 79 000 chômeurs de plus contre quelque 90 000 un mois plus tôt. Mais la cohorte des nouveaux demandeurs d'emploi est tout de même considérable.
Il y a d'autant plus lieu de s'en inquiéter que les licenciements économiques ont augmenté d'environ 30 % en un an, alors que les offres d'emploi enregistrées
par le Pôle emploi (ex-ANPE et Assedic) reculaient dans des proportions comparables. Ces mauvaises nouvelles succèdent à d'autres informations préoccupantes de ces derniers jours. Ainsi le
moral des chefs d'entreprise industrielle, scruté par l'Insee, s'est-il encore dégradé en février, ce qui laisse à craindre que les phénomènes de déstockage et de baisse de la production se
cantonnent de moins en moins au secteur automobile.
Consommation en berne
Dans le même temps, la consommation des ménages en produits manufacturés a baissé de 2 %. Ce recul n'est certes pas sans rapport avec la fin des soldes du début d'année. Mais il jette tout de même le doute sur la capacité du principal moteur de l'économie française à atténuer les effets de la crise. Car on sait que, même si les revenus courants de la majorité des Français ne sont pas encore à ce jour affectés profondément par les événements, les périodes de hausse massive du chômage ne sont guère propices à une bonne tenue durable de la consommation.
La France n'en est pas pour le moment au point de la Grande-Bretagne ou de l'Espagne. Mais des indices concordants laissent redouter que la récession dépasse cette année la barre des 1,5 %. Et si Nicolas Sarkozy peut sans doute à bon droit se prévaloir d'avoir contribué à éviter une crise bancaire majeure ou un coma encore plus profond du marché automobile, ni sa politique ni d'ailleurs celle des autres gouvernants ne semblent pour le moment à même d'empêcher l'économie mondiale de continuer à plonger.
Faute d'avoir pleinement prise sur les événements, le chef de l'État s'efforce de maintenir son crédit politique en épousant le ressentiment pas toujours
injustifié de la majorité de l'opinion à l'égard des banques (voir ci-contre) et d'une partie au moins du patronat. Dans son discours d'avant-hier, le président de la République a cependant
reporté à l'automne le vote d'une éventuelle loi sur le partage des bénéfices.
Maintenant GDF-Suez
À l'inverse, Nicolas Sarkozy et son conseiller Henri Guaino somment de façon sans cesse plus pressante le Medef de faire des propositions susceptibles d'empêcher les entreprises qui licencient ou qui reçoivent des aides de l'État de distribuer des bonus à leurs dirigeants. Henri Guaino a laissé entendre que, sur ce point, une loi n'était pas forcément nécessaire, mais qu'il pourrait suffire de revoir les conventions liant l'État aux entreprises qui reçoivent des aides.
Peut-être coincée entre la grande masse de ses adhérents - qui sont des patrons de PME - et les dirigeants de grands groupes, Laurence Parisot a cependant promis hier d'écrire d'« ici ce soir » sur ce point aux ministères concernés. Elle a toutefois indiqué n'avoir pas eu de retour sur les demandes précises formulées par le gouvernement. Et elle a pris soin de rappeler que le Medef, n'étant pas un ordre professionnel, n'avait pas le pouvoir d'imposer des pratiques juridiques à ses adhérents.
Dans le même temps, on apprenait que Gérard Mestrallet et Jean-François Cirelli, patrons de GDF-Suez, devaient bénéficier de stock-options qui, au cas où le cours de leur entreprise grimperait, pourraient leur rapporter des millions de plus-values à terme. À cette nouvelle, la CGT a appelé à une grève reconductible sur les terminaux méthaniers de Fos (Bouches-du-Rhône) et de Montoir (Loire-Atlantique).
GDF-Suez, très bénéficiaire, n'a certes pas besoin, comme d'autres, des largesses de l'État. Mais celui-ci en détient tout de même environ le tiers du capital.
( source sud-ouest.com )
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