Royal, Bayrou, Villepin unis pour excuser la violence
Publié le 7 Avril 2009
Royal, Bayrou, Villepin unis pour excuser la violence
Qui peut oser soutenir que nos sociétés démocratiques sont à ce point malheureuses et désespérées que la politique du pire, le pire de la politique
deviendraient presque inéluctables ? Qui irait jusqu'à affirmer que la violence, certes, n'est pas justifiable mais qu'après tout, comme il y a l'angoisse et la frustration, il faudrait la
comprendre et la percevoir comme une conséquence de la détresse sociale et d'un monde capitaliste devenu fou ?
Ces interrogations ne sont pas du pure forme au regard des événements récents qui voient se multiplier en France les séquestrations de patrons et se dérouler
à Strasbourg des scènes de saccage et de guérilla urbaine qui ont porté préjudice à la population la plus défavorisée tandis que la sphère du Pouvoir international était préservée par un
appareil policier impressionnant et qu'à Prague le président Obama et son épouse étaient accueillis dans un tout autre climat (Rue 89). Il y a probablement une manière de concilier la
sérénité et l'ouverture démocratiques avec les exigences de sûreté et de tranquillité publiques mais ce n'est pas mon sujet.
«Ringardiser la gauche»
A Strasbourg, les «black blocs», un millier de jeunes gens de tous pays, n'avaient pas seulement envie d'incendier les banques et d'affronter la police mais aussi, paraît-il, de «ringardiser»la gauche altermondialiste classique et, depuis le Sommet du G8 à Gênes, de «détruire le capitalisme, de vivre le communisme et de répandre l'anarchie» (site du Nouvel Obs).
Je ne crois pas, sauf à mettre de l'idéologie partout et à ennoblir la bêtise brute, qu'il y ait eu autre
chose, derrière ces destructions faites avec fureur et méthode, que l'affirmation d'une force collective jouissant d'être précisément sans contrôle, enivrée par son infinie puissance
sauvage de quelques heures.
Ce qui s'est passé est une honte.
Clairement, une défaite de l'ordre républicain et une victoire de la barbarie qui, pour être juvénile, n'en était pas
moins incontestable. Pourtant, la conclusion qu'Olivier Besancenot tire de ce désastre est que «les autorités ont tout fait pour que la manifestation dégénère» et, à France Inter, s'il
dénonce les violences, c'est comme un devoir obligé pour mieux se consacrer aux justifications de celles -ci que son redoutable et délirant talent, sans faire dans l'originalité, va
chercher dans un capitalisme criminogène et un Pouvoir coupable, toujours, forcément coupable.
Comprendre ou excuser ?
Les séquestrations de patrons, pour les «comprendre», une étrange alliance s'est constituée qui réunit François Bayrou,
Dominique de Villepin et Ségolène Royal. C'est même plus qu'une alliance puisque l'ancien Premier ministre n'hésite pas, sur Canal Plus, à venir au secours de l'ancienne candidate aux
présidentielles en l'exonérant du reproche d'avoir «justifié en aucune façon les violences envers les patrons». Il n'est pas non plus hostile à une rencontre avec le leader du Modem et
admet aussi avoir passé «la vitesse supérieure» dans sa critique du président de la République.
Je me garderai bien d'entrer dans ce débat qui ne regarde pas directelment le magistrat. Ce qui me semble significatif, c'est que Dominique de Villepin, qui
manie la langue française comme personne, après avoir déclaré que «toute violence est injustifiable», éprouve le besoin de compléter sa pensée: «mais cette violence est au rendez vous parce
qu'il y a le désespoir et la frustration.» François Bayrou, probablement, avaliserait cette perception qui me semble moins angoissée que réaliste.
Tous derrière et Olivier devant ?
Le préoccupant, pour une démocratie comme la nôtre tout de même assurée de son identité, résulte du fait que trois personnalités politiques ayant des visions
et des orientations différentes, sans s'être concertées, se retrouvent cependant dans une sorte de complaisance, qu'on le veuille ou non, à l'égard de ce qui devrait être rejeté
sans l'ombre d'une précaution. Il ne suffit pas de dire que «la violence est injustifiable» si, ensuite, subtilement, la comprenant, on n'est pas loin de la «justifier». Ségolène Royal
n'est pas «un pompier pyromane» comme le prétend Yves Jégo et Dominique de Villepin est évidemment hostile à ces séquestrations.
Il n'empêche que faute d'une condamnation claire et nette de ces comportements dans tous les cas inqualifiables, à partir du moment où la République
offre encore d'autres exutoires à la révolte que ces violences, ces responsables politiques donnent l'impression de confusément compter sur ces transgressions pour démontrer le
danger d'une politique qu'ils ont le droit de récuser, mais grâce seulement à la force de leur conviction et de leur argumentation.
Qu'Olivier Besancenot, par idéologie, apporte son adhésion à tout ce qui porte atteinte aux règles d'une démocratie traditionnelle, ce n'est guère
surprenant même si son intelligence pourrait un jour le conduire, qui sait ?, à fuir ce qu'il y a de mécanique et de trop prévisible dans son apologie de l'extrême même le plus
violent. Une telle approche, en revanche, de la part du trio centriste, gaulliste et socialiste, est plus dangereuse car elle risque de banaliser, avec son aval, des
pratiques inadmissibles auxquelles on laisse le Pouvoir seul s'opposer comme si elles ne concernaient pas, dans la résistance qu'elles appellent, tous les partis. Ces
violences banalisées instaurent un climat où la tension devient une méthode, l'affrontement une obligation et la séquestration une évidence.
A la longue, c'est la démocratie qui sera mise en péril. La violence, une divine surprise ? J'éprouve parfois l'impression qu'elle survient à point nommé, ici
ou là, pour traduire, par du désordre et de la fureur, une détestation politique que les mots ne suffisent plus à exprimer. Ce serait un mauvais calcul de favoriser le pire par
tactique, en prétendant le craindre, pour tirer son épingle, son destin du jeu. Les quatre se grandiraient en ne faisant pas de l'intolérable un objet de débat.
Resterait la politique.
( source marianne2.fr )
/image%2F0553228%2F20150727%2Fob_40b01b_endaia-foto-pour-la-mirnalopa-nena-mir.jpg)
