Jean-Michel Aphatie : La politique, un spectacle

Publié le 12 Avril 2009

Intervieweur le matin sur RTL, chroniqueur sur Canal+, Jean-Michel Aphatie reste lucide : « Depuis l'Antiquité, les hommes politiques se sont toujours mis en scène, et cela ne change pas »

Jean-Michel Aphatie : « Le journalisme n'a pas droit à la torture ». (photo Benjamin hamelin)
Jean-Michel Aphatie : « Le journalisme n'a pas droit à la torture ». (photo Benjamin hamelin)

Chef du service politique de RTL, commentateur sur Canal+, Jean-Michel Aphatie passe pour une des fortes têtes de l'audiovisuel.

« Sud Ouest Dimanche ».


Pourquoi cette volonté affirmée de devenir journaliste politique ? Jean-Michel Aphatie.

Parce que j'ai senti - et c'est à l'usage que l'on vérifie si c'est vrai ou si c'est faux - que je me sentais porteur d'une capacité d'explication de la politique.

Il me semblait que je la comprenais, que je saurais la raconter à l'autre.


Quel fut votre premier contact avec la politique ?


Mes parents tenaient un café.

Un peu d'apéro et de vin et on y discutait beaucoup de politique ; et de façon sèche quelquefois.

Ça m'intéressait mais, comme tout adolescent, sans la culture, sans l'histoire, sans le recul.

Je me suis abonné tout seul à « L'Express », puis j'ai lu des livres.

Tout cela a été une source d'appropriation.


Une figure politique vous avait-elle déjà marqué ?


Non. Je suis assez attaché à l'idée qu'il n'y a pas de grand homme pour les contemporains. Que c'est l'histoire qui les fabrique. Il y a bien dans une communauté humaine une, deux ou trois personnes qui se montrent plus capables que d'autres de prendre en charge l'histoire, mais avec des faiblesses, avec toutes les filouteries du genre. Le talent n'est jamais sans tache.


On dit que la politique est coupée des gens, c'est totalement faux.

Elle exprime, à travers les personnalités qui s'y livrent, toute une société, toutes les contradictions, toutes les grandeurs dont on est capable, et toutes les faiblesses aussi. C'est pour ça que c'est intéressant. C'est moins factice qu'être journaliste des arts et des spectacles, par exemple.


Mais, est-ce que la politique n'est pas devenue peu ou prou un art ou un spectacle ?


Elle l'a toujours été. Les hommes politiques depuis l'Antiquité se sont toujours mis en scène, ont raconté des mensonges pour faire croire à leurs contemporains ce qui les arrangeait, ça ne change pas. Il n'y a pas de modernité dans la politique. Mais en faire est un travail très difficile, très ingrat, très valorisant aussi quand vous avez le pouvoir, mais les ressorts sont toujours les mêmes, il faut faire croire, il faut faire partager.


Est-ce que, pendant l'interview du matin sur RTL, vous avez le temps de montrer que certaines réponses de vos invités ne sont pas satisfaisantes ?


Mon souci, si quelqu'un ne répond pas ou mal à une question, c'est de faire comprendre aux auditeurs que si je ne suis pas dupe, ils ne le sont pas. Et ce, sous une forme plutôt badine et un peu décontractée parce que je ne crois pas beaucoup à l'agressivité.

C'est le droit de l'invité de ne pas répondre. Le journalisme n'a pas droit à la torture. Mais l'obligation du journaliste, c'est de souligner qu'il ne répond pas.


Vous êtes très exposé depuis que vous passez à Canal+.


Vous souhaitiez être connu ?

Non. Être connu, c'est une conséquence du travail. Après, est-ce que je l'ai voulu ? Il faut l'assumer, je n'ai pas fait ce métier pour être connu. Ça m'est tout à fait égal.


Quelles sont les bonnes qualités d'un intervieweur ?


D'abord, il faut avoir le bon invité, et après, il faut que l'invité soit bon et que le journaliste aussi soit bon. Pour poser les bonnes questions, il faut avoir de la présence d'esprit, il faut écouter.


On parle beaucoup de la représentation des minorités visibles.


Mais vous êtes le seul exemple d'un journaliste politique qui parle avec un fort accent.

Oui, c'est rare. Il y a deux hypothèses : soit on demande à des journalistes de perdre leur accent, soit il n'y en a pas qui se présentent avec un accent.

C'est rare et on peut dire que c'est dommage.


N'est-ce pas un handicap ?


Non. Ceci dit, il y a un stéréotype culturel très fort. Sur le Net, comme je n'ai pas que des amis, il y a souvent des références à Fernandel. On voit bien qu'il y a une forme de racisme. Ce n'est pas parce qu'on est du Sud qu'on n'est pas capable de parler. Mais le stéréotype reste fort.

Toutefois, ça peut jouer à l'envers ; je reçois des témoignages qui disent : « Avec votre accent, on voit bien que vous n'êtes pas dans la connivence. » Ce qui est un peu idiot aussi.


Votre accent, c'est votre identité basque ?


J'ai toujours parlé comme ça. Oui, je suis basque et j'aime le Pays basque, mais je me sens journaliste, je ne me définis pas autrement dans le travail.

 


 

Auteur : Propos recueillis par Jean-Paul Taillardas ( source sud-ouest.com )

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article