La grippe porcine ou humaine mexicaine inquiète le monde
Publié le 26 Avril 2009
SANTE. L'Organisation mondiale de la santé et les autorités américaines sont alarmistes. Mais, à Mexico, les habitants ne cèdent pas à la psychose
Dans les parcs de Mexico, les joggeurs croisent des personnes cachées derrière des masques en papier bleu. Le contraste est à l'image de l'ambiance qui règne
dans la capitale mexicaine : pays en alerte, population inquiète plus qu'affolée.
Les 20 millions d'habitants de la deuxième plus grande ville du monde ne cèdent pas à la panique malgré l'épidémie de grippe porcine qui touche le pays. Le
métro est, comme d'habitude, bondé. Et, dans les rues du centre, chacun vaque à ses occupations. Mais, partout, dans les boutiques, la rue, les discothèque, ces masques bleus marquent le
paysage : une personne sur quinze en porte!
Le ministère mexicain de la Santé a lancé l'alerte dès jeudi soir. Les programmes de télévision ont été interrompus : à l'écran, le ministre José Ángel Córdoba
Villalobos a décrit les symptômes de la maladie : « Forte fièvre, maux de tête violents, douleurs musculaires, toux, maux de gorge. » Ce sont les mêmes que pour une grippe classique « mais
les risques de contagion sont extrêmement élevés ».
Alerte Grippe porcine ou humaine Crainte d'une pandémie mondiale
Écoles fermées
Alors, le gouvernement mexicain a pris des mesures drastiques. Depuis hier, et jusqu'à nouvel ordre, les écoles et les universités sont fermées. Sept millions
et demi d'élèves et d'étudiants sont concernés. Et, soucieux ou opportunistes, la plupart suivent les consignes. Tania, étudiante à l'Unam, préfère rester enfermée : « Il a fait froid ces
deux derniers jours et je me sens un peu faible, je ne compte pas sortir ce week-end. » Miguel, chauffeur de taxi, met, lui, en avant le « fatalisme mexicain » : « Les gens vont se cloîtrer
les premiers jours mais après ils vont profiter de ce temps libre. Ici, on a un rapport différent à la mort, l'horloge tourne en permanence, on profite en attendant. » Pour lui, le nombre
important de décès peut aussi s'expliquer par le rapport qu'ont les Mexicains aux médecins : « On ne va pas si facilement chez le docteur, on se dit toujours que ça va passer. Et puis ça
coûte cher. » Ce week-end, toutes les cliniques seront ouvertes et les soins gratuits.
Éviter les embrassades
Le ministre de la Santé a conseillé à la population de sortir le moins possible, d'éviter les lieux publics, métro, bars... Dernières consignes : se laver les mains, tousser dans son mouchoir et éviter les embrassades.
Toutes les activités culturelles, plus de mille événements au total , ont été annulées pour les dix prochains jours : pas de sorties théâtre ou ciné en perspective ce week-end. Pas davantage de visites aux musées.
Pis, les deux matchs de foot très attendus, Pumas contre Chivas et America contre Tecos, se joueront sans public. Même si ces quatre équipes sont parmi les plus populaires du pays.
Les autorités comptent pour l'instant 68 morts. Elles affirment que 20 cas sont dus au virus H1N1. Les autres cas sont en cours d'analyse. Mais les chiffres risquent d'augmenter : plus de 1 000 personnes présentant les symptômes sont actuellement hospitalisées. Si l'épidémie touche surtout la capitale et l'État de Mexico, des cas ont aussi été recensés dans l'État de San Luis Potosi, au nord.
Les autorités sanitaires hésitent : elles sont en tout cas revenues sur leurs premières déclarations qui conseillaient à la population de se faire vacciner. « En l'absence d'un vaccin réellement adapté, mieux vaut se soigner avec des médicaments antiviraux », dit-on maintenant.
En attendant, les programmes télévisés continuent d'être interrompus par les dernières consignes, l'Institut électoral ayant cédé aux autorités ses espaces « publicitaires » dévolus aux prochaines élections.
Le directeur général de la Santé, Didier Houssin, interrogé hier sur France 2, a précisé qu'un centre de crise avait été mis en place par Paris pour émettre des recommandations à destination des Français résidant au Mexique et des conseils aux voyageurs. « Si ces mesures ont été prises, c'est parce qu'on sait très bien que les déplacements aériens ou par bateau sont nombreux. Il n'est pas exclu qu'une personne malade, donc potentiellement contagieuse, puisse rentrer en France, en Europe », a-t-il dit.
Les mesures de surveillance sont « destinées à identifier le plus tôt possible l'apparition d'un cas sur le territoire national ». « Il faut s'attendre dans les jours qui viennent à ce qu'on ait des suspicions de cas », a-t-il déclaré. Pour les personnes se rendant au Mexique ou résidant sur place, M. Houssin demande de « se conformer aux recommandations des autorités locales et d'observer les règles d'hygiène » de base. À l'attention des personnes rentrant de ce pays, il explique que « si on est malade, il faut se signaler à son médecin traitant ou faire le 15 ».
Attentifs et préparés
Pour M. Houssin, il faut « être attentif à l'évolution de la situation » car « il y a apparemment ce qui ressemble à une grippe, peut-être assez sévère, touchant des sujets plutôt jeunes et qui pourrait être due à un nouveau virus de la grippe, en tout cas d'un type qui n'était pas celui circulant jusqu'à présent ». Pour autant, a-t-il souligné, « l'OMS n'a pas déclaré de pandémie : c'est une décision lourde de conséquences, c'est un processus de décision qui réclame une évaluation précise de la situation qui prend un peu de temps. Donc, nous sommes attentifs à l'évolution de la situation dans les jours qui viennent. [...] On est surtout vigilants. Je ne dirais pas que nous ne sommes pas inquiets, mais nous sommes en tout cas mieux préparés qu'il y a quelques années », a-t-il ajouté.
Recombinaison de virus ?
De son côté, Jeanne Brugère-Picou, médecin vétérinaire et professeur à l'École nationale vétérinaire d'Alfort à Maisons-d'Alfort (Val-de-Marne), ne voit « pas de raisons de s'inquiéter particulièrement ». « Peut-on dire qu'il y a vraiment un risque de pandémie quand ça dure depuis un mois, que c'est localisé et que ça n'a pas explosé ? Une pandémie se propage très rapidement », selon elle.
« Cette grippe, elle est passée. Le pic a eu lieu en avril, on est en phase de régression », dit-elle, expliquant qu'on « a peut-être un nouveau virus mais qu'il y a aussi, peut-être, des facteurs d'aggravation comme la pollution de l'air à Mexico, ou des surinfections ». « Mais s'agit-il vraiment d'un virus H1N1 de la grippe porcine classique ? » ajoute-t-elle, faisant référence à la jeunesse des personnes touchées. « Y a-t-il eu une recombinaison de virus ? Ce serait cela le risque », conclut-elle.
L'Organisation mondiale de la santé a lancé, hier à Genève, une vigoureuse mise en garde. La situation est « grave », « imprévisible » et « évolue vite », a averti sa directrice générale, Margaret Chan. Le virus d'origine animale a « clairement un potentiel pandémique dans la mesure où il affecte des êtres humains », a-t-elle averti en appelant les pays non touchés à « accroître leur vigilance ».
Identifié comme la souche AH1N1, le virus présente des caractéristiques inquiétantes, ayant muté, selon l'OMS, « dans des gènes jamais rencontrés auparavant ». « C'est la première fois que nous voyons une souche aviaire, deux souches porcines et une souche humaine », a aussi relevé le responsable des Centres américains de contrôle et de prévention des maladies (CDC), Dave Daigle.
Tamiflu recommandé
Le docteur Chan, spécialiste des pandémies, a annoncé une série de consultations pour tenter de répondre au mieux à cette nouvelle menace. L'OMS a activé son système de gestion des situations d'urgence et décidé l'envoi d'une mission d'experts au Mexique.
Avant d'y voir plus clair, l'OMS recommande l'utilisation du Tamiflu, médicament utilisé contre la grippe aviaire et considéré comme efficace contre le nouveau virus. « La vaccination constitue la deuxième étape », a souligné l'OMS,faisant valoir que « la production de vaccin (était) possible dans la mesure où le virus était identifié » mais qu'elle nécessitait « un peu de temps ».
De leur côté, les autorités sanitaires américaines ont fait savoir hier soir que le nouveau virus s'étend. « Nous n'en sommes pas au point où nous pouvons maintenir ce virus en un seul endroit. Maintenant que nous avons une vision plus large, je m'attends vraiment à ce que nous découvrions plus de cas », a estimé la direction des CDC.
« Sud Ouest ». D'après les éléments dont vous disposez, comment peut-on expliquer ce qui est en train de se passer au Mexique et aux États-Unis ?
Hervé Fleury. Il semble qu'une souche virale AH1N1, qui était présente chez des porcs, ait été transmise à des humains, qui peuvent ensuite se contaminer entre eux. Je rappelle qu'à l'inverse, la souche aviaire H5N1, qui a occasionné des centaines de contaminations ces dernières années, est transmissible de l'oiseau infecté à l'homme, mais que la transmission secondaire homme-homme est rare.
Pourquoi la souche, qui était présente chez le porc, est-elle soudain redevenue active chez l'homme ?
C'est sans doute lié à un événement écologique qu'on n'est pas en mesure d'expliquer à ce jour. On peut imaginer que cette souche serait plus complexe que la souche AH1N1 connue chez l'homme et serait le produit de recombinaisons entre des souches humaines et porcines ayant abouti à la sélection d'une souche plus pathogène. Mais ce n'est qu'une hypothèse.
Comment expliquer que cette souche semble pouvoir se transmettre entre humains ?
Cette souche doit avoir la potentialité, sur sa protéine de surface appelée hémagglutinine, de s'accrocher facilement aux cellules de l'arbre respiratoire humain, ce qui n'est pas le cas de la souche aviaire H5N1.
A-t-on une idée de la nature de cette souche virale ?
C'est un virus de la famille AHIN1, dont on connaît la présence chez le porc. Mais il semble que la souche en question ait subi certaines modifications qui la rendent résistante aux anticorps développés contre la souche vaccinale AH1N1, qui est présente dans le vaccin antigrippal.
Ne peut-on donc pas combattre l'épidémie ?
Apparemment, le virus incriminé est résistant aux molécules comme l'amantadine. Mais pas aux médicaments inhibiteurs de la neuraminidase, comme le Tamiflu ; ces inhibiteurs pourraient donc être utilisés au niveau thérapeutique.
Le porc est-il repéré depuis longtemps comme un réservoir de virus grippaux dangereux pour l'homme ?
Le premier épisode identifié de contamination massive par AH1N1 à partir du porc s'est produit il y a une trentaine
d'années, lors d'une épidémie qui avait frappé un centre de jeunes recrues de l'armée américaine à Fort Dix, dans le New Jersey.
Depuis, on sait que cet animal joue en quelque sorte un rôle d'intermédiaire entre les oiseaux, qui sont eux-mêmes de grands vecteurs de contamination, et les hommes.
Ainsi s'explique le fait que la plupart des grandes épidémies de grippe naissent en Asie du Sud-Est.
Car, dans cette région du monde, les humains vivent souvent au contact immédiat des porcs et des volailles.
Cela constitue un terrain propice à la recombinaison des virus, puis à leur transmission à l'homme.
Mais cette fois-ci, l'épidémie est née dans un autre territoire.
Et, à ce jour, sa genèse reste mystérieuse.
La grippe de 1918, aussi nommée à tort « grippe espagnole », est due à une souche (H1N1) particulièrement virulente et contagieuse de grippe qui s'est répandue en pandémie de 1918 à 1919. Cette pandémie a fait 30 millions de morts selon l'Institut Pasteur, et jusqu'à 100 millions selon certaines réévaluations récentes. Elle serait la pandémie la plus mortelle de l'histoire dans un laps de temps aussi court, devant les 34 millions de morts (estimation) de la peste noire.
Son nom de « grippe espagnole » vient du fait que seule l'Espagne - non impliquée dans la Première Guerre mondiale - a pu, en 1918, publier librement les informations relatives à cette épidémie. Les journaux français parlaient donc de la « grippe espagnole » qui faisait des ravages « en Espagne » sans mentionner les cas français tenus secrets pour ne pas faire savoir à l'ennemi que l'armée était affaiblie.
Apparemment originaire de Chine, le virus de 1918 serait passé, selon des hypothèses controversées, du canard au porc puis à l'homme ou, selon une hypothèse également controversée, directement de l'oiseau à l'homme. Elle a gagné rapidement les États-Unis, où le virus aurait muté et serait devenu 30 fois plus mortel que celui des grippes communes. Elle devient alors une « pandémie » (maladie à diffusion mondiale) lorsqu'elle passe des États-Unis à l'Europe puis dans le monde entier par les échanges entre les métropoles européennes et leurs colonies.
En quelques mois, la pandémie fit plus de victimes que la Première Guerre mondiale qui se terminait cette même année 1918, et certains pays seront encore touchés en 1919.
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