Crise : la France moins touchée parce que désindustrialisée
Publié le 20 Mai 2009
-2,5% : le PIB de la zone euro s’est donc contracté nettement plus rapidement au premier trimestre 2009 que le PIB Américain, en baisse de 1,5% « seulement ».
Pire, il ne s’agit pas d’un rattrapage puisque les deux premières puissances économiques de la planète avaient subi une baisse équivalente de leur richesse intérieure, de 1,5%, au dernier
trimestre 2008. Cela correspond à 10% de baisse en rythme annuel !
En outre, la zone euro est entrée en récession dès le deuxième trimestre 2008, alors que les Etats-Unis y sont entrés trois mois plus tard. Et comme le point
bas de la récession est arrivé fin 2008 aux Etats-Unis, alors que la situation a encore empiré en Europe, on peut aujourd’hui dire que la récession a commencé plus tôt en Europe, qu’elle y
est plus forte et semble partie pour durer plus longtemps.
Pourtant, a priori, la crise devrait être moins sévère en Europe qu’aux Etats-Unis. C’est outre-Atlantique que le marché automobile s’est effondré de plus de
30%, que des millions de ménages ont perdu leur logement ou leur emploi avec une protection sociale limitée, et que le marché immobilier a perdu 30% de sa valeur. L’Europe n’a vécu qu’une
fraction de ce que vivent les Américains, sur tous les plans. Pourtant, notre continent souffre davantage économiquement de cette crise partie de l’autre côté de
l’Atlantique.
On peut y voir trois explications. La première est la modestie des efforts de relance dans la plupart des pays, alors que les Etats-Unis recourent au déficit
dans des proportions inédites (12% du PIB…). Ensuite, on peut y voir la conséquence de la politique monétaire inutilement restrictive de la BCE, beaucoup trop lente à réagir quand la Fed a
su baisser ses taux vite et fort. Enfin, comment ne pas y voir une conséquence de l’ouverture du libre-échange sauvage promue par la Commission, qui démultiplie la violence des
crises.
Il est vrai que la France, dans ce contexte très difficile, souffre moins que ses partenaires de la zone euro. Le gouvernement ne manque pas de se vanter de cette «
performance », alors que les chiffres du chômage devraient l’inciter à plus de modestie. La France souffre moins que l’Allemagne, dont le PIB s’est effondré de plus de 3% au premier trimestre,
contre 1,5% dans l’hexagone. Cela est également vrai par rapport à l’Espagne ou l’Italie. Le gouvernement porte-t-il une part de responsabilité ?
En fait, cette performance relative doit plus aux faiblesses de nos partenaires européens. L’Allemagne et l’Italie souffrent de l’effondrement des exportations
industrielles dans le monde puisque l’industrie pèse beaucoup plus lourd dans leur économie que dans la nôtre. La production industrielle baisse en effet de plus de 20% dans les deux pays. En
quelque sorte, la France bénéficie de sa plus grande désindustrialisation… Enfin, nous n’avons pas à subir l’effondrement calamiteux du marché immobilier espagnol.
Si l’Europe n’est pas responsable de la crise, le fait que la récession y soit plus forte qu’outre-atlantique montre que les politiques européennes ne protègent pas
les peuples européens, mais les affaiblissent au moment d’affronter une tempête économique. Un constat à méditer pour le 7 juin.
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