Le feuilleton brouillon du procès AZF et le poids de l'argent

Publié le 31 Mai 2009

JUSTICE. Ce pourrait être un sujet de philosophie au baccalauréat: Y a-t-il une vérité du chlore et des nitrates?

 

Depuis trois mois maintenant qu'il planche sur l'explosion de l'usine AZF le 21 septembre 2001, le tribunal correctionnel de Toulouse n'en finit pas de raturer sa copie. Procès AZF: les experts détaillent le scénario de l'accident chimique

Où ce qui est présenté comme des évidences se révèlent soudain ne plus en être, où des experts viennent contrarier les thèses de la partie qui les rétribue.

Sinon la vérité, une chose au moins est déjà apparue au bout de la quatorzième semaine d'audience: le poids de l'argent sur le système judiciaire.

L'accusation met en cause une supposée mauvaise tenue de l'usine où toutes les règles de sécurité n'auraient pas toutes été respectées. C'est selon elle un ouvrier qui aurait accidentellement mélangé du chlore et des nitrates provoquant le cataclysme.

Sinon la vérité, une chose au moins est déjà apparue au bout de la douzième semaine d'audience: le poids de l'argent sur le système judiciiaire .

La défense de Total-Grande Paroisse maintient au contraire depuis le début de ce procès le 23 février, que les salariés qui interviennent sur le site sont si parfaitement formés qu'ils n'auraient jamais pu commettre ce mélange interdit tant le dichloroisocyanurate de sodium (Dccna) est identifiable par son odeur asphyxiante.

Cette impossibilité serait d'ailleurs établie depuis une reconstitution en 2002 où, trop irrités, acteurs et témoins auraient dû interrompre une séance de pelletage dudit Dccna.

«J'en avais assez d'entendre ça»,
explique l'avocat de la mairie de Toulouse partie civile. M°Christophe Léguevaques a donc procédé mercredi à une petite contre-reconstitution amusante au pied et sous le nez du tribunal lui-même.

Ouvrant un bocal de ce produit pour piscine acheté le matin même, il en répand un kilo au sol avant que le président Thomas Le Monnyer n'ait le temps de s'opposer à l'expérience.

Et le fait est que si l'impression d'être à la piscine flotte un moment sur la salle d'audience, la cour n'est en rien incommodée. «Maître, vous rangerez vos petites affaires», a seulement sourit le président, préférant suspendre l'audience. Procès AZF. Le rapport caché du CNRS de Poitiers qui fâche

La défense proteste que la Dccna de Christophe Léguevaques n'est pas le même que celui de l'usine AZF. Mais ce dernier s'évente avec la fiche technique de son produit qui, selon lui, indique qu'il s'agit bien de la même chose.

Montrer tout et le contraire de tout est le propre d'un débat parfaitement contradictoire comme la justice est censée en organiser.

Ainsi, il y a, le même jour, un géomètre expert judiciaire qui vient expliquer à la barre que le hangar des nitrates se trouvait précisément à tel endroit avant d'être soufflé et un éminent géographe de l'IGN cité par la défense assurant que ledit hangar pouvait très bien se trouver à 1,70 mètres de là.

Ce qui aurait pu suffire à déplacer l'endroit de l'explosion sous le hangar et donc sa nature, accidentelle ou volontaire.

L'expert et le géographe assurent tous les deux que leur méthode de travail ne laisse aucune place au doute. En l'occurrence, c'est le public de la salle d'audience qui se met à douter.

De ce procès attendu depuis 8 ans devait naître la lumière et c'est le brouillard qui s'épaissit au fil des semaines. Dans le défilé ininterrompu des experts en toute matière, tout se passe comme s'il y avait toujours un expert plus expert que le précédent pour venir le contredire.

Le pétrolier Total n'a pas lésiné dans cette course à l'expertise, signant contrat avec ce que le monde scientifique produit de meilleur. Ce qui a le don d'exaspérer le procureur Patrice Michel qui ne rate pas une occasion d'expliquer que le ministère public n'a pas les fonds suffisants pour suivre à cette table de jeu.

Le public ne saura pas combien a pu coûter à Total le travail de tel professeur enseignant aux Etats-Unis venu cette semaine moquer à la barre le rapport des experts judiciaires comme ressemblant au «travail d'un étudiant qui veut prouver quelque chose à tout prix».

Mais ce procès qu'il suit lui aura au moins montré que la vérité dans les palais de justice peut aussi être une question d'argent.

La vie est toutefois pleine de surprise. Ainsi ce chercheur du CNRS à Poitiers dûment rétribué par Total qui met singulièrement à mal la thèse de son donneur d'ordres.

Selon ses travaux à lui, le tas de 300 tonnes de nitrates aurait très bien pu exploser sans l'aide d'un missile terroriste: une première explosion due au mélange chlore et nitrates y aurait propulsé un bout de mur de l'usine à une vitesse suffisante pour le faire exploser à son tour.

Pour le coup, c'est la défense de l'industriel qui désespère. Au moins le temps qu'apparaisse un nouveau témoin qui viendra démontrer le contraire devant le tribunal. Il y a encore un mois de procès à écluser.

Auteur GLv. Source libetououse.fr

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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