Le public va-t-il s’effondrer sous la charge de la dette privée ?
Publié le 6 Juin 2009
Nous sommes sans doute proches de la barre horizontale du L. Mais combien de temps va-t-elle se prolonger ? Les moteurs de croissance à l’oeuvre dans la période précédent la crise sont en panne, et la liquidation de la bulle de crédit mondiale va prendre des années, tout comme la restructuration des modèles économiques qui étaient associés à la « richesse » à crédit du consommateur américain et aux déséquilibres des balances des paiements.
L’optimisme actuel trouve sa source dans le soulagement d’avoir évité la désintégration, et non pas dans les perspectives économiques. Pour une génération élevée dans le culte du court termisme et les illusions d’une prospérité financière exponentielle, le retour au réel est malaisé. Rappelons toutefois que cette branche du L ne correspond pas à une stabilisation réelle, mais a été obtenue d’une part au prix du transfert et de la garantie d’une gigantesque dette toxique privée sur les comptes publics et d’autre part par la mise en oeuvre de plans de relance extrêmement couteux.
En acceptant de garantir de façon extensive la finance, en fournissant très largement des liquidités, en tablant sur une restauration progressive des bilans, les Etats ont accepté de supporter l’ensemble des coûts de cette gigantesque liquidation faisant le pari que ce processus allait se ralentir, et qu’à terme la fête allait pouvoir reprendre son cours.
Ce faisant, les comptes publics sont pris en tenaille par une double contrainte, qui les fragilise sur deux fronts : le soutien total accordé au secteur financier et le coût des plans de relance rendus nécessaire par l’effondrement de l’activité économique.
On semble aujourd’hui oublier que ces interventions hors norme décidées dans l’urgence ne sauraient être que transitoires. Mais si cette situation se prolonge, si la liquidation de la dette révèle d’autres gouffres financiers, la fragile branche horizontale du L va casser.
La plupart des économistes jugeaient encore au début de l’année que les recettes keynésiennes étaient crédibles, tablant sur une reprise qui se dessinerait à la fin 2009, avec des déficits maîtrisés. Depuis lors, ils ont explosé, en particulier aux USA, et la suspicion croît de jour en jour sur la crédibilité des comptes publics.
Loin d’être en situation de débrancher les perfusions de la finance et de rétablir leurs comptes lors du redémarrage d’activité, les Etats - aujourd’hui seuls vrais garants de l’activité économique - sont dans une position extrêmement périlleuse : la liquidation des dettes est loin d’être achevée et les défaillances d’emprunteurs vont continuer à croitre ; l’absence de reprise rapide pourrait se traduire par une obligation de tailler dans les dépenses publiques provoquant une deuxième vague récessive ; le financement des déficits publics est de moins en moins vraisemblable.
Aux USA, le volume d’emprunts immobiliers dont les mensualités seront révisées
dans les années qui viennent laisse augurer de nouvelles vagues de défaillances de ménages dont les comptes sont dans le rouge, continuant à éroder les bilans bancaires, provoquant la
faillite des petits établissements, et augmentant d’autant les charges de l’Etat.
Source : Crédit Suisse via Calculated Risk
Les taux de défaillance continuent de grimper en flèche.
Source : Calculated Risk
Le désendettement des ménages américains va plomber la demande. Les
consommateurs US - et les bulles d’actif à répétitions - ne seront pas cette fois le moteur habituel d’un retournement de cycle.
Source : Fed
Risque de saturation devant les rafales d’émissions de dettes
souveraines.
Le prévisionnel des émissions de dettes devant financer ces engagements est déjà proprement vertigineux.
Peut-on croire, comme Krugman, que l’épargne mondiale et américaine y suffira, depuis qu’elle est rétive aux risques des investissements vers le privé, et peu sollicitée en raison de la faiblesse de la demande de capital ?
Le volume des émissions, même à supposer que les besoins n’aillent pas croissant, et la réduction drastique des surplus des pays exportateurs rendent cette hypothèse fort incertaine.
A l’image de Wall Street croyant pratiquer la dilution du risque jusqu’à des doses homéopathiques et ne présentant plus aucun danger, les Etats ont choisi de diluer dans la nation la dette privée. Mais son poids est tel qu’il est à même d’entraîner vers l’abîme les sauveteurs qui ont accepté de s’en charger, aux USA sans l’avoir au préalable restructurée, faute de courage politique, ni même osé l’évaluer dans la majeure partie de l’Europe continentale.
Source Contreinfo.info
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