AZF DÉCRYPTAGE : Si vous n'avez vraiment rien compris au procès AZF

Publié le 22 Juin 2009

Le procès AZF touche à son terme. À l'heure des réquisitions et des plaidoiries, retour sur plusieurs mois de débats très techniques qui n'ont pas levé tous les doutes

Daniel Van Schendel, spécialiste en explosifs et chef du collège d'experts judicaires mandatés pour le procès. (Photo AFP)
Daniel Van Schendel, spécialiste en explosifs et chef du collège d'experts judicaires mandatés pour le procès. (Photo AFP)

Evidence d'un jour contredite le lendemain, exposé savant gravé dans le marbre des certitudes perdant brutalement de sa superbe, contestations incessantes de la thèse officielle privilégiant le mélange de deux substances incompatibles, nitrates et produits chlorés...

Le procès AZF, qui s'achève dans une semaine, n'a pas permis de reconstituer les pièces du puzzle dispersées par le souffle de l'explosion du 21 septembre 2001.


Contradictions

De ces débats très techniques, il sortira forcément une vérité judiciaire. Mais quid de la vérité tout court et du mécanisme à l'origine de la catastrophe ? Les bataillons d'experts qui se sont penchés sur le cratère n'ont pas, loin s'en faut, dissipé les doutes. Comment ne pas perdre son latin dans cette jungle de dépositions divergentes et d'exposés contradictoires ? Chaque jour ou presque, un témoin est venu démentir ou contredire ce qui avait été soutenu la veille.

L'employé du hangar 335 dit n'y avoir jamais vu de sacs de produits chlorés, mais un emballage vide a été retrouvé dans le bâtiment après le drame. L'expert aquitain François Barat est le premier à mettre en cause le chlore, mais il se trompe dans ses expériences, confondant nitrate et urée. Total soutient que le scénario de l'accident n'est pas crédible, mais dissimule un rapport demandé à un chercheur du CNRS qui démontre le contraire...


Absence de traçabilité

Filiale du groupe pétrolier et exploitante du site toulousain, la société Grande Paroisse ne concède pourtant aucun manquement à la sécurité. Plusieurs intervenants gardent cependant le souvenir des portes en bois du hangar de chlore, propices aux infiltrations, du sol non étanche de différents ateliers, des mélanges déconseillés de certains déchets et des trois ans passés à attendre l'installation du dispositif de rétention de soude.

L'Inspection du travail a certes reconnu que les dirigeants de l'entreprise avaient « une réelle conscience du risque industriel », les contrôles étant particulièrement rigoureux lors des arrêts de fabrication.

Mais elle a aussi pointé une absence de traçabilité des produits, notamment en matière de recyclage des déchets. Cette tâche incombait à des entreprises sous-traitantes ayant recours à du personnel moins formé et moins bien payé.

Le hangar 221, théâtre de l'explosion, était le lieu ou l'on stockait les nitrates d'ammonium déclassés. Les résidus, eux, transitaient par le hangar 335 où étaient entreposés les grands sacs usagés les ayant contenus. Mais des emballages détériorés contenant encore des produits arrivaient parfois au 335. Ainsi, quelques minutes avant la déflagration, Gilles Fauré, un chauffeur, avait amené une benne de nitrates dans le hangar 221.

Selon l'accusation, celle-ci contenait des balayures de chlore (DCCNa). Depuis quelques semaines, il était question que le hangar 335 accueille aussi des grands sacs venus des ateliers chlorés, une fois lavés et purgés de leurs rebuts.

À l'inverse d'autres salariés, Gilles Fauré soutient n'avoir pourtant jamais vu de sacs de DCCNa dans le hangar 335. Il est d'autant plus affirmatif que le chlore dégage une odeur presque insoutenable.


Scénario du « sandwich »

Les experts judiciaires fondent malgré tout leurs conclusions sur une méprise de l'employé. Leur scénario, dit du « sandwich », repose sur la présence de quelques kilos de DCNNa entre deux couches de nitrates. Ce mélange peut être favorable à la formation de trichlorure d'azote, pour peu que les produits chlorés soient en contact avec de l'eau. Était-ce vraiment le cas à l'intérieur du hangar 221 ?

Les experts, qui ont obtenu une explosion après 20 tirs infructueux sur le centre d'essais de Gramat, en sont persuadés. « Irréaliste », répliquent plusieurs de leurs collègues. Parmi ces incrédules figure Monique Mauzac, chimiste au CNRS et veuve d'un ingénieur d'AZF : « Le hangar 221 était sec. Il faut continuer à chercher. »

Peut-être, mais en attendant, le tribunal, lui, doit juger.

 

Auteur : Dominique Richard Source sudouest.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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