Aller-retour éclair aux Antilles
Publié le 26 Juin 2009
Par ANTOINE GUIRAL Source liberation.fr
Nicolas Sarkozy à son arrivée à Fort-de-France le 25 juin 2009. (© AFP Patrice Coppee)
C’est parti pour la corvée d’Antilles ! A contrecœur, Nicolas Sarkozy est arrivé hier soir (heure de métropole) avec sa nouvelle secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, la Guadeloupéenne Marie-Luce Penchard, et le ministre de l’Intérieur, «l’ami» Brice Hortefeux, à Fort-de-France, en Martinique. A peine débarqué, le Président a dit «être persuadé que le statu quo n’est pas possible» et a assuré qu’«il faut absolument trouver une solution, apaiser les choses». Sarkozy se rend dès aujourd’hui en Guadeloupe, où il ne restera que sept heures. Maintes fois repoussé depuis avril, ce déplacement dans le chaudron antillais, où le climat économique et social reste très dégradé, s’inscrit dans le cadre des Etats généraux de l’outre-mer voulus par l’Elysée. De très importants renforts de gendarmerie mobile ont été déployés pour cette visite classée à risques par les services de sécurité du Château. Des risques en terme d’image surtout, puisque des manifestations sont prévues en Martinique et en Guadeloupe. «Nous appréhendons ce voyage avec sérénité, mais bien sûr nous serons vigilants. Il ne faut pas être naïf…», assurait en début de semaine un des organisateurs élyséens de la virée. Sur place, chacune des étapes du Président se déroule dans des périmètres ultra-sécurisés où les éventuels gêneurs sont tenus à bonne distance des caméras.
Boudin.Lancés par le gouvernement dans la foulée des longs mouvements sociaux qui ont secoué la Guadeloupe puis la Martinique et la Réunion entre janvier et mars, les Etats généraux de l’outre-mer sont censés déboucher sur une remise à plat des relations entre la métropole et ses territoires ultra-marins. Nicolas Sarkozy souhaite se rendre compte de leur avancement auprès des intéressés. Une synthèse des travaux doit être effectuée en septembre, avant qu’il ne préside lui-même un conseil interministériel sur le sujet, fin octobre.
Le chef de l’Etat a mis très longtemps à prendre la mesure de ce qui se déroulait cet hiver en Guadeloupe. Cette crise l’a exaspéré et a finalement coûté son portefeuille ministériel à Yves Jégo, à qui Matignon reprochait d’avoir trop cédé aux grévistes (lire ci-contre). Pour l’heure, la priorité est d’éviter que le voyage ne tourne en eau de boudin créole. Hier soir, en Martinique, il a joué le consensus en rendant hommage pour la première fois aux «dissidents» antillais qui avaient fui leur île pour rejoindre la France libre pendant la Seconde Guerre mondiale. Il est ensuite allé visiter des entreprises et a présidé une réunion sur les Etats généraux. Et avant de décoller cet après-midi pour Pointe-à-Pitre, il doit inaugurer l’aéroport Martinique-Aimé-Césaire, du nom de la figure tutélaire des Antilles.
C’est peu de dire que le Président n’est pas le bienvenu en Guadeloupe auprès de toute une frange de la population. Le collectif LKP à l’origine du conflit social du début d’année a boycotté les Etats généraux de l’outre-mer. Son porte-parole, Elie Domota, estime que «tout a déjà été décidé par l’Etat» et se refuse à faire de la «figuration». Il ne se rendra pas à Petit-Bourg ce soir, où il était invité à venir écouter Sarkozy discourir sur l’avenir de l’outre-mer.
Barricades. «Nous avons toujours refusé de participer aux Etats généraux. Je ne vois pas pourquoi nous y serions conviés. Et si on veut ne pas nous voir, c’est bien là qu’il faut nous inviter», dit Elie Domota en précisant que le LKP n’a pas demandé d’audience. Son collectif a prévu de répondre demain par une grande manifestation à Pointe-à-Pitre. Depuis lundi, les centrales syndicales de l’archipel ont appelé à «une semaine de mobilisation» sous forme de grève reconductible de vingt-quatre heures. En début de semaine, des barricades interdisaient l’accès à des stations service des environs de Pointe-à-Pitre.
A l’Elysée, on reconnaît «l’existence d’un malaise persistant en Guadeloupe». Selon ce conseiller, «le chef de l’Etat va rappeler certaines règles, mais vient en rassembleur, pour apaiser les choses». Pas sûr que le LKP l’entende ainsi : à sa descente d’avion, Nicolas Sarkozy va rencontrer «les grands élus du département qui sont ses interlocuteurs», note un conseiller. Manière de souligner que contrairement au LKP, ils tirent, eux, leur légitimité des urnes.
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