Dans les pas d'un agent en bleu d'Erdf

Publié le 30 Janvier 2009

LANDES. Parmi les 2 000 agents d'ERDF mobilisés dans les Landes pour rétablir le courant, Pascal Bertoni, Landais. Hier, il travaillait sur le secteur d'Aurice où la grogne monte Dans les pas d'un homme en bleu


(photo nicolas le lièvre) « Les délais annoncés par Sarkozy m'ont mis hors de moi », insiste Pascal Bertoni (au centre)

L'ordinaire n'a plus sa place à l'agence principale d'EDF de Mont-de-Marsan. D'habitude, une vingtaine de personnes arpentent ses couloirs. Là, des centaines d'hommes en bleu se bousculent. Avec le passage de la tempête, cette espèce a proliféré dans les Landes : plus de 2 000 agents des quatre coins de l'Hexagone, mais aussi de Grande-Bretagne et du Portugal se trouvent actuellement dans le département afin de rétablir au plus vite le courant encore absent dans nombre de communes.

 Cordonnier mal chaussé

Parmi cette foule en bleu de travail, Pascal Bertoni, un des locaux de l'étape. Une sorte de cordonnier mal chaussé : le quartier de Haut-Mauco où vit cet électricien n'a pas vu la moindre étincelle depuis samedi. « J'ai pu me raser ce matin, sourit-il. On a récupéré l'eau hier ou avant-hier, je sais plus. On se mélange un peu les jours en ce moment. » La voiture file vers les terres de cet employé d'ERDF, la filiale d'EDF (lire ci-dessous) chargée de réparer les lignes moyenne et basse tensions. Le portable ne cesse de sonner. « Oui, Pierrot. Les poteaux sont à Aurice. On les a stockés devant la salle des fêtes. » Aurice, un village de 690 âmes, à une vingtaine de kilomètres de la préfecture landaise. Toujours plongé dans le noir. « On y est depuis deux jours. J'ai bon espoir que le bourg soit réalimenté dans la soirée », indique Pascal, le menton net mais les yeux cernés.

 « Alors, on pourra attaquer Cauna, puis Lamothe, Souprosse, etc. » Des communes qui n'ont pour l'instant pas aperçu l'ombre des hommes en bleu. « Les gens doivent s'inquiéter, mais on ne peut pas faire autrement », explique l'agent d'ERDF.

Loin des voeux présidentiels

L'image du tuyau d'arrosage percé éclaire le profane que cette longue attente étonne : « Reboucher le trou ne sert à rien si la grosse canalisation en amont a pété. » C'est ce qui s'est passé. La ligne centrale qui part du poste source de Mont-de-Marsan vers la Chalosse est rompue en de multiples endroits. Des dizaines de poteaux sont à terre ; çà et là, les câbles pendent sur les routes. Il faut donc tout relever en commençant par le point de départ de cette immense toile d'araignée dont tous les fils ne peuvent être retissés d'une traite. « On se concentre sur la moyenne tension qui alimente les coeurs de villages, là où résident le plus grand nombre d'abonnés », précise Pascal. Les maisons isolées devront donc encore patienter avant d'être définitivement raccordées. Et ce n'est pas ce qui manque dans les Landes, le deuxième département de France en superficie où l'habitat est particulièrement diffus. La tâche est donc colossale et son accomplissement semble bien loin des annonces présidentielles. En visite au Pian-Médoc (33), dimanche dernier, Nicolas Sarkozy avait déclaré « j'espère qu'on parviendra à rétablir l'électricité avant la fin de la semaine. » Sur le terrain, ces propos ont fait l'effet d'une bombe. « Ça m'a mis hors de moi », réagit Pascal Bertoni, qui vient d'arriver sur un chantier, à Haut-Mauco. Harassé, un collègue d'EDF lâche : « Vous avez vu ce qu'elle a fait à notre lande cette tempête. C'est une honte d'avoir annoncé de tels délais. Ça me met le moral à zéro », s'emporte Jacques Clavé, un autre local de l'étape et cordonnier mal chaussé.

 La tension va crescendo


Car l'attente est grande dans les villages, où l'on s'organise tant bien que mal pour faire face. Mais le temps commence à devenir long. « Les gens sont de plus en plus tendus et craquent nerveusement, comme cette maman dont le fils est sous insuline qui est venue me trouver hier soir, raconte Jean-Luc Cassagne. Elle ne savait plus où entreposer le médicament, qui doit être conservé au frais. Elle s'est mise à pleurer quand je lui ai dit que le courant ne reviendrait pas aujourd'hui », poursuit l'adjoint au maire d'Aurice. Bien sûr, une solution a été trouvée, l'entraide et la solidarité fonctionnant à plein régime quand les interrupteurs demeurent fermés. À tel point que la commune bichonne et nourrit les quarante personnes d'EDF et de ses nombreux sous-traitants qui oeuvrent dans la forêt. La première adjointe n'hésite pas à passer le tablier pour s'activer à la cantine, tous les midis, auprès de trois autres bénévoles. Hier, l'élue et employée à la Sécurité sociale était « gréviste à 100 % pour dénoncer les effets de manche de ces politiques éloignés des réalités », mais toujours présente derrière les fourneaux. Dans la soirée, Pascal Bertoni annonce, heureux : « ça y est On est arrivés à Cauna et Lamothe et le bourg d'Aurice a retrouvé le jus. » Gageons qu'il aura d'autres bonnes nouvelles demain.

E.Artigues source sud ouest .com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article