Un délire technologique pour le professeur Le Ruz
Publié le 1 Mars 2009
Le professeur Le Ruz se bat pour que les dangers de la téléphonie publique soient publiquement débattus Wimax: maximum de sevices ou maximum de risques?
Docteur en physiologie, biophysicien, professeur émérite des universités, Pierre Le Ruz est un des fondateurs du Criirem (Centre de recherche et d’information
indépendantes sur les rayonnements électromagnétiques). Basé au Mans, cet organisme à statut associatif regroupe des scientifiques qui souhaitent dispenser sur les phénomènes électromagnétiques
une information délivrée des lobbies. Pierre Le Ruz est expert agréé par les autorités européennes depuis 1997.
Où en est-on de la réglementation en matière de téléphonie mobile ?
Vous avez une réglementation qui concerne les perturbations sur les appareils : les ordinateurs, l’électroménager, mais aussi les pacemakers ou les
distributeurs de médicaments par exemple. Une directive européenne de 1989, revue en 2004 et traduite en droit français par un arrêté de 2006, impose une norme à ne pas dépasser de trois volts
par mètre. En matière sanitaire, le Parlement européen a souhaité légiférer sur les effets à long terme de toutes les fréquences radioélectriques – radio FM, AM, Cibi, téléphonie mobile etc –
pour poser une norme d’un volt par mètre. La Commission européenne, elle, n’a voulu prendre en compte que les seuls effets aigus, fréquence par fréquence. Vu ce désaccord, il n’y pas eu de
directive européenne mais de simples recommandations. Le Parlement s’est ensuite fondé sur une énorme étude, le rapport « Bio Initiative » élaboré par des chercheurs internationaux,
pour constater que les normes étaient complètement obsolètes. Il y a une résolution en ce sens datée du 4 septembre 2008. Depuis lors, nous sommes dans une situation de vide juridique. La loi
française de 2002 s’appuie sur des recommandations européennes rayées par cette résolution de l’instance parlementaire. Il faut tout revoir.
Dans le vide juridique que vous décrivez, sur quoi peut-on se baser ?
Sur la norme de trois volts par mètre, le seuil de l’incompatibilité électromagnétique. Tout ce qui va au-delà est illégal. Sur le plan sanitaire, soit on applique le principe de précaution, soit – comme le fait le Parlement européen - on prône un principe de prévention. La solution réside dans l’éloignement, à savoir l’exposition la plus faible possible à condition que les téléphones puissent continuer à fonctionner. Ce qui pose problème, ce sont les antennes de téléphonie mobile fixées à vingt mètres des gens ou carrément sur leurs fenêtres ou derrière le mur de leur chambre.
Dans ces cas-là, quelle est l’intensité de l’exposition aux ondes électromagnétiques ?
Ca dépend de la puissance de l’antenne, de votre distance à l’antenne et de votre position par rapport au faisceau. Dans un dossier sur lequel nous sommes
intervenus à Rennes, les gens étaient à vingt mètres en face d’une antenne de 20 watts, ils recevaient 6 volts par mètre. On était dans l’illégalité. A Paris, une charte entre la ville et les
opérateurs de téléphonie mobile limite l’exposition à 2 volts par mètre en moyenne. Si l’on mesure plus, les opérateurs s’engagent à démonter l’antenne.
Est-il plus dangereux de vivre à 50 mètres d’un relais de téléphonie mobile ou d’avoir en permanence un téléphone portable collé à l’oreille ?
Une remarque liminaire : si vous avez un portable, vous êtes dans le registre du risque accepté. De plus, vous avez opté ou non pour un portable de qualité,
c’est votre choix. Vous pouvez posséder un appareil de qualité qui vous expose à une dizaine de volts par mètre à chaque fois que vous téléphonez, et seulement quand vous téléphonez. S’il est de
mauvaise qualité, c’est 30 volts par mètre. Une antenne à proximité, c’est au contraire un risque imposé. Si l’antenne fonctionne en permanence et que vous êtes en face, c’est entre 4 et 10 volts
par mètre de manière constante. Ce n’est pas le même type de problème.
Connaît-on mieux les effets sur la santé ?
Le rapport « Bio Initiative » fait le point sur deux mille études menées sur le sujet depuis vingt ans. Le premier volet, sur l’usage du téléphone
portable, n’est toujours pas publié. On en connaît pourtant les résultats. Vous avez deux principaux risques. D’abord le gliome, la tumeur du cerveau, dont l’occurrence est multipliée par trois
ou par quatre en fonction de la durée d’exposition. L’autre risque est le neurinome, une tumeur du nerf auditif. L’exposition chez le sujet jeune est plus risquée. Il ne faudrait pas laisser les
enfants de moins de quinze ans utiliser des portables. Et surtout pas des babyphones. Le deuxième volet, celui de l’exposition aux antennes de téléphonie mobile, fait apparaître le risque de
syndrome des micro-ondes, bien connu des militaires. Car on se retrouve dans le registre des rayonnements pulsés, ce qui était le cas des fréquences radar autrefois. Ce sont des troubles du
comportement, du sommeil, de l’agressivité, de la mémoire etc. A l’examen, on se retrouve avec des gens qui ont dans le sang des taux anormalement bas de mélatonine ou d’adrénaline, ou au
contraire des protéines de stress en nombre trop important. Ce sont des perturbations hormonales. On va aussi dépister des troubles immunitaires, avec une quasi-disparition des lymphocytes T,
ceux qui protègent l’organisme. Et des apparitions de leucémies et de cancers du cerveau.
Pourquoi parle-t-on du danger de la téléphonie mobile alors que nous sommes baignés par les ondes ?
D’abord le niveau ! Dans l’environnement urbain, les ondes radio – AM et FM – la Cibi comme les ondes de la télé hertzienne vous exposent à des intensités de
l’ordre de 0,2 à 0,4 volt par mètre. Ce sont aussi des ondes de nature différente. Elles ne sont pas pulsées, elles ne sont pas modulées comme les ondes de la téléphonie mobile, qui sont
reconnues plus dangereuses. D’autres appareils domestiques peuvent poser problème, comme les fours à micro-ondes. Mais combien de temps le faites-vous fonctionner chez vous ? Et à quelle
distance de vous ? Le wi-fi pose également question, pas vraiment votre wi-fi personnel mais plutôt les systèmes professionnels qui crachent sans arrêt 4 ou 5 volts par mètre. On entre en
fait dans un délire technologique dépourvu de gestes de protection. Le téléphone portable n’est pas un outil anodin. Si on l’expliquait aux gens, ils pourraient se protéger. Il n’est pas question
de supprimer le portable. On sait que le gaz n’est pas anodin et il n’a pourtant jamais été question de supprimer le gaz ! Il faut une prise de conscience de l’opinion qui pousse les
opérateurs à éviter de faire n’importe quoi. A placer une antenne sur une tour à 300 mètres d’un village plutôt que de l’installer devant les fenêtres des habitants. Mais c’est toujours le même
refrain, on attend les catastrophes pour agir.
( source sud -ouest )
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