La solitude le pouvoir et le prince

Publié le 1 Mars 2009

 La solitude de Mitterrand était le fruit d'une application au secret, d'un dédain régalien pour la parlotte, d'un élitisme assumé. Celle de Nicolas Sarkozy est le produit d'une hyperactivité dévorante. Elle sanctionne l'une de ces boulimies touche-à-tout qui finissent par consumer l'oxygène alentour. Le pouvoir, alors, se met à manquer d'air. Nous y sommes.

On sent bien que l'hyperprésident approche dangereusement de cet isolement qui, mécaniquement, se retourne contre le monarque. Autour de lui, les ministres eux-mêmes commencent à s'en inquiéter à mots couverts. Leur fonction a été peu à peu vidée de sa substance. Le président, entouré d'une poignée de conseillers et de quelques proches, entend veiller à tout, être sur tous les fronts à la fois, se saisir de tous les dossiers. Il en résulte un étrange et silencieux cafouillage de l'appareil présidentiel. Plus grave encore, la « machine » à décision en devient brouillonne et versatile. Elle avance trop vite, sans concertation, et se condamne à reculer : sur la réforme des lycées, sur le travail le dimanche, sur l'enseignement supérieur, sur la Guadeloupe, etc.


Faute de savoir déléguer vraiment, faute de veiller à valoriser les membres de son équipe - y compris le Premier ministre -, il a fini par détruire politiquement celui-ci. Il n'existe plus guère de personnalités fortes, à l'exception peut-être de Brice Hortefeux, qui soient capables d'incarner la politique d'une équipe.

À cela, il faut ajouter l'effet désastreux produit, à la longue, par les jugements peu amènes que, si l'on en croit la presse satirique, le président réserve à ses propres ministres.

Tous des nuls ? Vraiment ?

Le centriste Jean-Louis Bourlanges, pourtant rallié à Nicolas Sarkozy, va jusqu'à dire que « ce système détruit l'idée même de gouvernement ». Vue de loin, l'impression en devient saisissante. À force d'avoir fait le vide autour de lui, à force d'avoir voulu, jour après jour, remplir ce vide de son interventionnisme incessant, Nicolas Sarkozy s'expose à tous les coups, fabrique inconsciemment ses propres déconvenues, se met politiquement et médiatiquement en surchauffe.


La récente querelle provoquée par la nomination « impériale » de son proche conseiller Olivier Pérol - un homme « à lui » - à la tête du nouveau conglomérat Caisses d'épargne-Banques populaires a pris une telle ampleur parce qu'elle valait symptôme. Elle était « le » geste régalien de trop. Elle a été perçue comme « la » goutte d'eau qui fait déborder le vase.


Elle survient, il est vrai, au plus mauvais moment : les indicateurs économiques sont au rouge (quatre-vingt-douze mille chômeurs de plus en janvier !), les sondages de popularité désastreux, la politique suivie de moins en moins lisible. La grogne qui commence à monter au sein de la majorité elle-même est révélatrice de cette implosion silencieuse.


Autre symptôme de cette redoutable glissade : la parole présidentielle ne produit plus l'effet attendu. À force de multiplier les discours, les homélies télévisées, les interviews sollicitées et cadrées, Nicolas Sarkozy a dévalorisé la parole présidentielle.


On prête à saint Just cette formule : il est impossible de gouverner sans laconisme. Elle dit bien ce qu'elle veut dire. L'exercice plein et entier de l'autorité exige un minimum de retrait, de discrétion, de rareté.


La « parole » du prince doit être attendue, c'est-à-dire rare. Ni la volubilité, ni l'affairement, ni l'activisme désordonné ne sont durablement compatibles avec le pouvoir régalien dans sa double acception romaine : « auctoritas » et « potestas ».

Il faudrait, à tout le moins, que l'Élysée réapprenne la parcimonie langagière...


Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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