« ULTRAGAUCHE » Julien Coupat forcément coupable ?
Publié le 18 Avril 2009
Alors que Julien Coupat est toujours en prison, le dossier des « terroristes » de Tarnac paraît vide. Dernière pièce versée : une émission de Thierry Ardisson
L'affaire de « l'ultragauche » corrézienne prend l'eau de toute part. Elle fuite dans « Le Monde », puis dans « Charlie Hebdo », puis dans « Libération ». Et, à en lire les morceaux choisis, le dossier est désespérément vide.
Face à ce pilonnage en règle, la ministre de l'Intérieur répond a minima. « Ce ne sont pas les journaux qui rendent la justice dans notre pays, a déclaré Michèle Alliot-Marie, jeudi sur France Inter. La police a apporté et continue d'apporter au juge un certain nombre d'éléments. » Dont on ne saura rien car, a conclu la ministre, « ceux qui savent n'ont pas le droit de parler ».
Julien Coupat est derrière les barreaux depuis ce 11 novembre 2008 quand quelque 150 policiers ont investi la petite communauté de Tarnac, en Corrèze, où il vivait. Il est la dernière personne incarcérée parmi les dix mises en examen pour « dégradation de biens et association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste », dans le cadre de l'affaire des sabotages des lignes SNCF.
Dès mars 2007
Au tout début de l'enquête, largement médiatisée par le ministère de l'Intérieur, il était question de preuves irréfutables, de traces d'ADN confondantes. Aujourd'hui, il apparaît clairement que le coup de filet de Tarnac était l'aboutissement non pas de l'enquête sur les dégradations commises sur les lignes TGV mais d'un long travail de surveillance policière entamé dès mars 2007 avec la publication de « L'Insurrection qui vient » (« Sud Ouest » du 12 novembre 2008).
Objectif : donner corps à cette « ultragauche anarcho-autonome » que dénonce Michèle Alliot-Marie. L'ouvrage, resté alors confidentiel, serait à la fois la bible et le manuel du parfait petit terroriste. Les policiers sont persuadés que cet essai collectif, signé d'un mystérieux Comité invisible, est l'oeuvre de Julien Coupat, ce qu'il nie.
Le dossier d'instruction ne compte pas moins de 4 000 pages et plus de 900 actes de procédure. Qu'apprend-il ? Que ceux de Tarnac ne vivent pas et ne pensent pas comme tout le monde. Qu'ils ont participé à des manifestations parfois violentes. Que, la nuit du 7 au 8 novembre, Julien Coupat et Yldune Lévy se trouvaient bien en Seine-et-Marne, à deux pas de l'endroit où une ligne SNCF a été sabotée (« Nous avons fait l'amour », ont-ils expliqué au juge Thierry Fragnoli).
« Vide sidéral »
Pour le reste, ce sont des kilomètres de rapports de filatures, de transcriptions d'écoutes téléphoniques, d'enregistrements de vidéosurveillance, de comptes rendus d'expertises, de dépositions...
« La police a engagé sur cette affaire des moyens colossaux, pointe Me Terrel. Pendant des mois, le groupe de Tarnac a été filé, espionné, mis sur écoute. On a même saisi Tracfin pour voir si l'acquisition de la ferme du Goutailloux ne cachait pas une opération de blanchiment d'argent. Rien. Vous pensez bien que s'il y avait des éléments à trouver, ils les auraient trouvés ! »
Pour combler ce « vide sidéral », dixit l'avocate, la justice fait feu de tout bois. Le juge vient même de verser au dossier la transcription intégrale d'une émission télé de... Thierry Ardisson à laquelle Gérard Coupat, le père de Julien, était invité. « Je ne me souviens pas précisément de ce que j'ai pu dire, explique l'intéressé, mais c'était sans doute ce que je répète depuis le début : Julien est un militant, pas un terroriste. C'est un prisonnier d'opinion pris dans une manipulation politico-judiciaire. »
« Si c'est cela les "nouveaux éléments" de Mme Alliot-Marie, ironise Irène Terrel, c'est bien la preuve du sérieux des accusations. Toute l'instruction est menée à charge, à partir de rien. »
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