Les mandarins s'opposent à l'« hôpital mercantile »
Publié le 18 Avril 2009
De grands professeurs reprochent à la partie hôpital de la loi Bachelot de donner le pouvoir aux managers et de casser le service public
Entre les médecins et la ministre, les échanges tiennent du dialogue de sourds. Depuis qu'elle a présenté sa loi hôpital, patients, santé, territoires, Roselyne Bachelot se heurte à l'hostilité d'une grande partie du secteur médical public. Ce qui ne l'a pas empêchée d'être adoptée par l'Assemblée nationale.
Elle passera le 11 mai devant le Sénat. Mais pas avec la bénédiction des mandarins. 25 d'entre eux - dont l'illustre René Frydman, « père » du célèbre bébé-éprouvette Amandine - ont signé dans « Le Nouvel Observateur » paru jeudi dernier un appel pour que soit retiré le volet hôpital qui, selon eux, signe la mort de l'hôpital public et la fin de l'excellence française en matière de santé publique.
Avec les conseils du CAC 40
Ce gratin de la médecine - tous professeurs et de renommée internationale - est monté au créneau avec un titre provocateur donné à leur tribune : « La loi Bachelot ? Sans nous ! » Tout en reconnaissant qu'une réforme est nécessaire, notamment le regroupement de compétences par territoires, ces grands patrons hospitaliers reprochent essentiellement à la partie de la loi concoctée par Mme Bachelot de privilégier la rentabilité et de livrer l'hôpital à la logique des managers.
« C'est tellement vrai, avance Bernard Teper, chargé du secteur santé à l'Ufal (Union des familles laïques) que la ministre organise au mois de septembre prochain, à Chamonix, un colloque où elle invite les patrons du CAC 40 à expliquer comment le management qu'ils utilisent peut s'appliquer aux hôpitaux. »
Mme Bachelot, de son côté, a répondu que « les craintes des médecins n'étaient pas justifiées », assurant qu'au contraire elle « protège le pouvoir des médecins ». Sauf que la loi prévoit de confier tout le pouvoir de décision au directeur de l'hôpital, lui-même choisi par le directeur de l'ARS (Agence régionale de santé), dont les 22 titulaires seront désignés en Conseil des ministres.
Claude Evin défend la loi
« Jusqu'à présent, explique Bernard Teper, le système admettait que les chefs de service de médecine n'étaient pas de simples salariés et que l'hôpital ne se gérait pas comme une entreprise. »
Le neurologue Olivier Lyon-Caen a d'ailleurs fustigé la mise en place d'un « système mercantile », donnant l'exemple d'un diabétique que l'on préférera amputer parce que cela rapporte plus que de soigner au long cours.
La loi en revanche est fermement défendue par le président de la Fédération hospitalière de France, l'ex-ministre socialiste de la Santé Claude Evin. Celui-ci, qui insiste sur la nécessité de la réforme, estime que « le texte n'est pas libéral et organise mieux les choses dans l'intérêt des patients ».
Les signataires de l'appel font remarquer qu'il ne s'agit nullement d'une opération corporatiste ou politicienne. « D'ailleurs, souligne Bernard Teper, les plus en colère d'entre eux sont ceux qui ont voté Sarkozy. »
Et le professeur de médecine Bernard Debré, député UMP de Paris, a déclaré hier : « Nous sommes en révolte parce que nous croyons que le pouvoir qu'ont les médecins de proposer un projet médical pour l'hôpital ne leur appartiendra pas. »
Colère aussi, avance le délégué de l'Ufal à la santé, des professeurs de médecine « qui savent que c'est l'hôpital public qui assume 70 % des 50 pathologies les plus graves et permet ainsi de très bien former les médecins ».
Le 28 avril prochain, les mandarins seront dans la rue avec l'ensemble du monde médical.
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