Vers une récession de très grande ampleur pour l'économie française

Publié le 16 Mai 2009

Même si elle s'en tire un peu moins mal que d'autres, l'économie française est en vrille depuis douze mois

Confronté aux baisses de commandes de ses clients, dont Dassault, l'équipementier aéronautique Latécoère annonce un gel des embauches et du chômage partiel . (photo afp)
Confronté aux baisses de commandes de ses clients, dont Dassault, l'équipementier aéronautique Latécoère annonce un gel des embauches et du chômage partiel . (photo afp)

Il n'y a pas eu de miracle : la France, dont le PIB a baissé de 1,2 % au premier trimestre, est bel et bien en récession. Nous traversons ce qui semble être la pire crise depuis la guerre, comme en témoignent les quelque 138 000 emplois supprimés au cours des trois premiers mois de l'année. Les données publiées, hier, sur ces points appellent les commentaires suivants. Récession : la France touche le fond, rien ne sert de creuser

1 Quatre trimestres négatifs

Une récession se définit par deux trimestres consécutifs de baisse du produit intérieur brut (PIB). Nous y sommes en plein. Car l'activité n'a cessé de reculer depuis le début du printemps 2008. L'Insee a, en effet, révisé à la baisse ses estimations des troisième et quatrième trimestres 2008. Dans un premier temps, elle avait estimé que le PIB avait légèrement progressé entre fin juin et fin septembre. Or, selon ses nouveaux calculs, il avait baissé de 0,2 % pendant cette période. Du coup, comme le deuxième trimestre 2008 s'inscrivait déjà à la baisse, l'économie française pique du nez depuis un an.

2 Six mois catastrophiques

Dans cette année noire, il y a eu deux périodes. De fin mars à fin octobre 2008, le ralentissement était encore modéré. Mais un décrochage s'est produit en fin d'année, avec une baisse de 1,5 % du PIB au quatrième trimestre. La crise financière de l'automne, intervenue dans un climat déjà maussade, a jeté un coup de froid sur la quasi-totalité des économies. La France n'y a pas échappé. Et les chiffres du premier trimestre 2009 (- 1,2 %) montrent que notre économie est restée en vrille en début d'année.

3 Une crise de la production

Une bonne partie de l'appareil productif français subit depuis six mois un coup de frein d'une brutalité inouïe, avec un recul de 7,5 % au troisième trimestre 2008 et de 6,9 % pour les trois mois suivants. De ce sinistre, l'automobile est à la fois le symbole et, sans doute aussi, le principal élément déclenchant. Entre le troisième trimestre 2008 et le premier trimestre 2009, la production de cette industrie a baissé de 37 % sur le sol français. La chute de la demande a conjugué, sur ce plan, ses effets avec les difficultés de financement nées de la crise bancaire. Avec, à la clé, un mouvement de déstockage, un arrêt des investissements et des répercussions en chaîne sur les sous-traitants et d'autres secteurs (plastique, verre, etc.). Un phénomène comparable, mais d'une ampleur moindre, a touché d'autres branches comme la plaisance ou l'équipement de la maison. À l'inverse, l'agroalimentaire a tenu. Et la construction a moins chuté qu'on ne pouvait le redouter du fait de la baisse des achats immobiliers.

4 Un horizon incertain

La France s'en tire plutôt un peu moins mal que certains de ses voisins. Notre pays avait, il est vrai, moins succombé que d'autres (Espagne) au vertige de l'endettement immobilier. Il dépend moins de la finance que la Grande-Bretagne. Et il exporte moins que l'Allemagne, qui a pris en pleine figure l'effondrement mondial des investissements.

La relative résistance de l'économie française peut aussi s'expliquer par la modération de la baisse de la consommation des ménages. Certes, celle-ci a reculé pendant deux trimestres consécutifs, mais ces replis (- 0,5 % puis - 0,4 %) sont nettement moins importants que ceux du PIB. La moindre ampleur de ce recul s'explique sans doute partiellement par le poids de la fonction publique et des retraités. Quant à ceux des ménages qui n'ont pas de problème d'emploi, leur pouvoir d'achat a plutôt profité de la sagesse retrouvée de l'inflation.

Les prévisions sont hasardeuses, mais il semble que sur le chemin de la reprise, notre économie ait des obstacles à franchir. D'une part, certains secteurs un temps épargnés, comme l'aéronautique, sont à leur tour atteints, ainsi qu'en témoignent les difficultés de Latécoère, qui va recourir au chômage partiel. D'autre part, nos comptes publics ne cessent de se détériorer, au même titre que notre balance commerciale. Enfin, la dégradation de l'emploi pourrait se mettre à concerner massivement d'autres catégories que les jeunes et les intérimaires, qui en ont supporté l'essentiel jusqu'à présent. Le pire n'est pas sûr. Mais les nuages restent lourds.


Auteur BERNARD BROUSTET Source sudouest.com


Toute l'Europe est touchée
L'Allemagne est en première ligne. (photo afp )
L'Allemagne est en première ligne. (photo afp )

Outre la France, toute l'Europe s'est enlisée dans la récession au premier trimestre. Au total, le produit intérieur brut (PIB) de l'Union européenne, tout comme celui de la seule zone euro, a connu une baisse sans précédent de 2,5% au cours des trois premiers mois de 2009.

L'Allemagne, victime de la chute des exportations et des investissements, est davantage frappée que la France : Berlin a annoncé un recul de 3,8 % de son PIB au premier trimestre, plus fort que prévu. La première économie d'Europe affiche ainsi sa quatrième contraction trimestrielle et la pire depuis 1970.

L'Italie s'est elle aussi enfoncée dans la crise, son PIB reculant de 2,4 % par rapport au trimestre précédent. Les Pays-Bas et l'Autriche ont annoncé un recul de 2,8 %, le Portugal de 1,5 % et la Grèce de 1,2 %.

Jeudi, déjà, l'Espagne avait fait part d'un recul de son PIB de 1,8 % au premier trimestre. Le 24 avril, la Grande-Bretagne avait révélé un repli de son PIB de 1,9 %, le pire en trente ans. La Belgique a déjà annoncé une contraction de 1,6 %.

Plusieurs pays d'Europe centrale et orientale ont suivi le mouvement hier. En Hongrie, le PIB a diminué de 2,3 % au premier trimestre 2009 ; en Bulgarie, la baisse est de 3,5 % sur un an, et en Roumanie, de 2,6 %, sa première contraction en neuf ans.

L'Asie aussi

En Asie, les chiffres étaient aussi moroses. La Chine a vu s'accélérer la chute des investissements directs en avril (- 22,5 % sur un an). L'économie de Hong Kong s'est contractée de 7,8 % au premier trimestre, une baisse plus forte que prévu.

Espoir américain

À l'inverse de l'Europe, les États-Unis montrent des signes encourageants pour la reprise. Parmi les nombreux indicateurs publiés hier, tous supérieurs aux attentes des analystes, la confiance des consommateurs américains a progressé en mai et atteint son plus haut niveau depuis le pic de la crise financière de l'automne. Quant à la production industrielle, elle a reculé en avril pour le sixième mois de suite (- 0,5 %), mais un peu moins fortement qu'en mars. La balance des capitaux à long terme a fait apparaître en mars un solde positif de 55,8 milliards de dollars, montrant une accélération des achats chinois d'obligations du Trésor américain pour la première fois en cinq mois.

Le Fonds monétaire international a estimé, hier, par la bouche de son directeur général, Dominique Strauss-Kahn, que la reprise de la conjoncture mondiale est possible au premier semestre 2010.

1 million de chômeurs en plus ?

L'économie française a détruit autant d'emplois salariés au premier trimestre 2009 que sur toute l'année 2008, avec une perte nette de 138 000 emplois (- 0,9 % en un trimestre, - 2 % sur un an), selon des données provisoires diffusées hier par le ministère de l'Emploi. Encore positive au premier trimestre 2008, la différence entre le nombre d'emplois créés et détruits est donc de plus en plus négative (- 24 300 au deuxième trimestre 2008, - 41 500 au troisième, - 117 400 au quatrième).

« Dévastatrice »

La baisse, qualifiée de « dévastatrice » par l'économiste Alexander Law (agence Xerfi), prouve, selon son confrère Nicolas Bouzou (Asterès), que « le marché du travail français est devenu très flexible » et « de la pire des manières qui soit : non pas par la négociation patronat-salariés mais par le recours massif à l'intérim et aux CDD ». Les destructions d'emploi sont, en effet, depuis le début de la crise, largement imputables à une spectaculaire baisse du recours aux travailleurs temporaires : en un an, leur nombre a fondu de 33,8 %(- 224 200 postes).

Pour la CGT, « la prise de cons-cience des pouvoirs publics n'est pas à la hauteur ». « Je renouvelle l'exigence, également portée par l'ensemble des organisations syndicales, qu'on ait une politique différente », a plaidé Maryse Dumas (CGT), tandis que FO fustige « l'erreur du gouvernement ».

« À l'état pur »

« Sans vouloir noircir le tableau », explique, de son côté, l'ex-directeur général de l'assurance-chômage, Jean-Pierre Revoil, le recul de l'activité cette année devrait mécaniquement détruire 900 000 emplois. En temps normal, 10 000 emplois sont créés et supprimés par jour. Le solde est nul quand la France atteint 1 % de croissance annuelle, mais dès qu'on tombe à une croissance zéro, on détruit 200 000 emplois. De même pour chaque point de croissance en moins.

« Comme actuellement la courbe démographique est plate - les départs en retraite sont égaux aux entrées sur le marché du travail -, toute perte d'emploi équivaut à de la croissance du chômage à l'état pur. On aura 900 000 chômeurs de plus cette année et on risque d'atteindre le million », explique M. Revoil.

« À croire que l'on veut faire de la ville un désert »
La filière meuble est la plus durement éprouvée. (photo nicolas le lièvre)
La filière meuble est la plus durement éprouvée. (photo nicolas le lièvre)

« Si Cap licencie, où vont aller bosser les gens ? Ici, tout s'effondre ; ça me fait peur », confie Maud, 30 ans. Cette réflexion d'une habitante d'Hagetmau croisée sur le marché, mercredi matin, en dit long sur la crise économique et l'angoisse qui secouent cette commune landaise de 4 500 âmes. Depuis plusieurs semaines, les mauvaises nouvelles se succèdent sans répit. « Le matin, je me demande ce qui va encore nous tomber sur la tête », lâche spontané- ment le maire UMP, Serge Lansaman. Rien ne va plus dans celle que l'on surnomme encore - mais pour combien de temps ? - « la perle de la Chalosse », pour la richesse de son bassin industriel.

Lonné, Cap, Labeyrie...

Poumon et symbole de l'activité de la ville depuis des décennies, la filière meuble est la première touchée. À Lonné, le centenaire connu pour ses sièges, 41 licenciements sur les 71 salariés que compte la société, récemment reprise, seront annoncés en début de semaine prochaine. Chez le fabricant de canapés Capdevielle, le premier employeur de la cité, qui est en redressement judiciaire depuis le 4 mai, les rumeurs d'un possible nouveau plan social tourmentent les 701 salariés et toute la ville. « Si cela se produit, ce sera une catastrophe », estime Marie-Louise, une Parisienne de 83 ans venue à Hagetmau, voilà une vingtaine d'années, pour sa retraite.

À l'époque, Labeyrie ouvrait des abattoirs de canards à foie gras à Hagetmau. Mardi, l'entreprise a annoncé sa volonté de fermer cette usine afin de regrouper son activité abattage à Came, dans les Pyrénées-Atlantiques. Des mutations seront proposées aux 43 salariés, mais cela signifie 43 emplois de moins à Hagetmau. « À croire que l'on veut faire de cette ville un désert », dénonce Serge Balao, délégué CGT chez Labeyrie.

Dernier coup dur en date : la décision d'ArcelorMittal Construction France de supprimer 20 des 50 postes de son site hagetmautien de profilage à froid, révélée mercredi. Là aussi, des propositions de reclassement au sein d'autres établissements du groupe devraient être faites. « Mais la direction veut privi- légier les départs volontaires, et rien de concret ne nous a encore été soumis, ce qui ne fait que contribuer un peu plus à l'anxiété générale », souligne un élu du comité d'entreprise.

« Tout en même temps »

Une anxiété qui n'épargne pas les commerçants. « Le plus dur, c'est que tout arrive en même temps », témoigne Pierre Requenna, patron d'un bar-PMU. Le rythme des affaires en pâtit-il ? « Il y a une baisse », reconnaît le cafetier, également élu de la majorité municipale. « Mais celle-ci n'est pas uniquement due à la situation locale, mais aussi à la crise qui frappe toute la France », ajoute-t-il. « Nous sommes tous inquiets car nous ne sommes pas maîtres de la situation », renchérit le président de l'Association des commerçants et artisans, Christian Violle, qui a observé un fléchissement de l'activité de son salon de coiffure. « Mais Hagetmau n'est pas morte ! s'insurge-t-il. Si l'on se laisse gagner par la sinistrose ambiante, c'en est fini. Il faut se serrer les coudes et s'appuyer sur les dynamismes de la ville pour qu'elle sorte de cette mauvaise passe. »

Un leitmotiv repris par les élus de tous bords. Président du Conseil général, le socialiste Henri Emmanuelli a réitéré sa demande auprès du gouvernement de mise en place d'un contrat de transition professionnelle sur ce bassin d'emploi et de mobilisation de crédits européens. Hier soir, une délégation d'élus de la Communauté de communes, menée par l'UMP Serge Lansaman, était reçue en urgence par le préfet.

 

Source sudouest.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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