Les questions de Julien Coupat

Publié le 29 Mai 2009

Auteur Yves Harté  Source Sudouest.com

 

On ne peut pas demander à Mme Alliot-Marie de connaître sur le bout des doigts les innombrables courants de pensée qui ont pu animer la gauche de la gauche du siècle passé à nos jours. D'ailleurs, personne n'a songé à le lui demander. Et c'est heureux. Car la mouvance « anarcho-autonome », dont elle qualifia Julien Coupat et ses amis, n'exista que dans les années 20, et encore pas sous ce vocable.

SABOTAGES SNCF. Julien Coupat est sorti de prison sans mot dire

On ne saurait demander non plus à ceux qui jugèrent Julien Coupat suspect au point de le retenir six mois en prison de devenir subitement les dévots lecteurs de Guy Debord et de sa « Société du spectacle ».

Deux choses sont étranges dans l'irruption de cet homme de 34 ans à la une des journaux et des actualités télévisées. La première est que, par une douce ironie, Julien Coupat refusait totalement la notion même d'« apparaître » et se fâcha avec des amis devenus célèbres.

D'autant qu'il n'est pas conforme à l'image qui fut d'abord présentée. Ni illuminé tendre, ni marginal bucolique. Au contraire, comme le rappelle un livre qui vient de paraître et qui rassemble les textes parus dans la revue « Tiqqun » en 2001, Julien Coupat est un théoricien et un intellectuel qui s'inscrit dans un héritage.

À le lire, on croit retrouver les vieux écrits des situationnistes des années 60, leur mode de pensée et leur vision totalitaire et janséniste d'un monde à construire. Il n'est pas sûr que le peuple français ait très envie de rejoindre des lendemains aussi sévères.

Mais il existe surtout une raison supplémentaire de s'arrêter quelques minutes sur cette incarcération. Que Julien Coupat fasse partie de groupes de réflexion révolutionnaire européens ou non, qu'il ait écrit des brûlots issus de la plus brûlante extrême gauche ou non, qu'il paraisse inquiétant ou non, il n'en demeure pas moins qu'il est resté six mois en prison sans qu'aucun grief puisse lui être adressé. Or ce qui se glisse aujourd'hui, se masquant derrière des oripeaux de justice, n'est ni plus ni moins que le délit d'opinion, que l'on croyait devenu obsolète, surtout en temps de paix. Et si c'était cela, les interrogations qu'il fallait simplement retenir de ce curieux feuilleton ?

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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