Revenu de solidarité active: un nouveau-né face à la crise
Publié le 1 Juin 2009
L’allocation qui entre en vigueur aujourd’hui n’est plus présentée comme un outil de retour à l’emploi.
Des téléopérateurs répondent aux questions sur le revenu de solidarité active (RSA), le 27 avril 2009 au Mans. (© AFP Jean Francois Monier)
Deux actualités, intimement liées, se sont télescopées ces derniers jours : l’entrée en vigueur
du revenu de solidarité active (RSA) et la forte remontée du chômage.
Alors que le RSA supplante à partir d’aujourd’hui le RMI (revenu minimum d’insertion) et l’API (allocation de parent isolé), le nombre de demandeurs d’emploi poursuit sa forte progression : + 58 500 en avril, selon des statistiques publiées vendredi par le ministère de l’Emploi.
Mécanisme. Pas de chance pour le haut-commissaire aux
Solidarités actives, Martin Hirsch, homme de gauche débauché par Nicolas Sarkozy pour mettre en oeuvre le RSA, présenté au départ comme un mécanisme devant favoriser le retour à
l’emploi des allocataires de minima sociaux.
Ceux qui reprennent une activité, même à temps très partiel, vont «gagner plus», une prestation publique venant compléter des revenus du travail insuffisant.
Mais l’appât du gain semble dérisoire pour assurer le succès de la réforme. Il faut
surtout de la croissance économique créatrice d’emploi, comme le montre l’expérimentation menée dans le bassin d’habitat de Maubeuge (lire l’interview de Rémi Pauvros).
Les statistiques de la dernière décennie montrent qu’il y a une relative corrélation entre les chiffres du RMI et ceux de l’emploi : le nombre de personnes percevant le RMI baisse en période de décrue du chômage et augmente quand la situation de l’emploi se détériore.
L’impact des politiques volontaristes d’insertion est donc très relatif. «Le RMI était calibré pour fonctionner en période de croissance.
Il est victime de l’échec de l’économie globale», avait commenté en décembre Michel Rocard, lors du vingtième anniversaire du RMI, créé lorsqu’il était Premier ministre. Son commentaire à propos du RSA n’est pas plus optimiste : «En période de crise, rien n’est adapté […]. Ce n’est donc pas le RSA qui va redonner du travail aux gens. C’est la reprise espérée.» Pour l’instant, elle n’est pas au rendez-vous, et les perspectives de l’emploi sont plutôt sombres.
Ressources. Conscient de cette réalité, le gouvernement et le haut-commissaire aux Solidarités actives ont donc modifié leur communication. Désormais, le RSA est d’abord présenté comme un dispositif visant à améliorer la situation économique des travailleurs pauvres déjà en activité. Le dispositif va effectivement bénéficier à toutes les personnes ayant pour seules ressources un maigre salaire provenant d’un emploi à temps partiel – le plus souvent non choisi – ou d’un salaire minimum. Elles vont pouvoir «cumuler revenu du travail et revenus issus de la solidarité» en touchant une allocation publique en sus de leur paye.
En ce sens, le RSA s’apparente à une subvention du travail, similaire à des dispositifs tels que la PPE (prime pour l’emploi) ou les dégrèvements de charges. Ce qui fait dire à la CGT que le gouvernement a institué «un dispositif pérenne d’assistance généralisée aux entreprises». Sa secrétaire confédérale, Agnès Naton, pointe le risque de voir les employeurs encouragés à «développer le temps partiel, les bas salaires et à ne pas reconnaître le travail par sa juste rémunération». Mais Martin Hirsch fait observer que son dispositif «est une aide pour les salariés» et non à l’employeur. «Un salarié au RSA ne coûtera pas moins cher à l’entreprise» . Au total, 3 millions d’allocataires vont être concernés : les 1,1 million de personnes actuellement au RMI, les 200 000 à l’API et 1,7 million de travailleurs pauvres.
Source liberation.fr
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