L’échappée verte
Publié le 8 Juin 2009
Auteur NATHALIE RAULIN Source liberation.fr
Daniel Cohn-Bendit, le 7 juin 2009 à Paris (© AFP Thomas Samson)
Le pavillon vert est de
sortie.
Incarné par l’inusable Dany Cohn-Bendit, Europe
Ecologie s’impose comme la troisième formation politique française, sur les talons du PS, au terme d’une campagne dont il a été seul à valoriser l’enjeu
européen.
Avec l’UMP de Nicolas Sarkozy, incontestable vainqueur du scrutin avec 28 % (1) des suffrages, le parti écolo est le
seul à tirer son épingle du scrutin.
Son échappée dans la dernière ligne droite provoque même deux accidents d’importance.
Victime de la porosité entre son électorat et celui des écolos, le PS plonge nettement sous le seuil symbolique des 20 %, ce
qui laisse augurer un regain de contestation interne rue de Solférino.
Egalement plombé avec seulement 8,5 % des voix, le Modem de François Bayrou qui misait sur les européennes pour asseoir sa légitimité voit s’éloigner son rêve de triomphe national.
«Arrière-pensée». L’algarade télévisée, mercredi soir, entre Daniel Cohn-Bendit et François Bayrou n’est
sans doute pas pour rien dans ce résultat, qui a flétri l’image du leader centriste auprès de la frange progressiste de son électorat.
La projection sur France 2 de Home, film- manifeste pour la sauvegarde de la planète de Yann Arthus-Bertrand,
deux jours avant le déroulement du scrutin a également dû peser sur le bulletin de vote de ses 8 millions de téléspectateurs.
En fin de soirée, Jean-Marie Le Pen n’a pas manqué de dénoncer une «manipulation», la Modem Corinne Lepage évoquant plus sobrement une «arrière-pensée».
Mais le fait majeur de cette élection, c’est d’abord l’abstention. En France, sur près de 45 millions de personnes
inscrites sur les listes électorales, 59,36 % n’ont pas jugé utile de se déplacer. C’est la plus faible participation jamais enregistrée sous la Ve République, à l’exception des
référendums sur la Nouvelle-Calédonie et sur le quinquennat.
C’est moins encore qu’en 2004, où le taux d’abstention avait déjà battu un record à 57,2 %.
Le découpage du territoire national en huit eurocirconscriptions pour désigner les 72 représentants français au Parlement de Strasbourg a une nouvelle fois désarçonné les électeurs. Scrutin désincarné, campagne tardive et le plus souvent hors sujet, ont fini de démobiliser des citoyens.
Déculottée. En privilégiant l’expression de la tranche la plus âgée et la plus civique de l’électorat, l’abstention a provoqué un glissement de terrain à droite partout en Europe. Que le phénomène soit continental n’empêche pas le parti de Nicolas Sarkozy d’y voir une consécration six mois après la présidence «réussie» de l’UE. En France, un parti au pouvoir qui sort des urnes en pole position dans ce type d’élection, c’est exceptionnel. En 2004, alors que Jean-Pierre Raffarin occupait Matignon, le PS avait humilié l’UMP en lui infligeant un écart de 12 points. Match retour hier. Mais si l’Elysée envoie 30 des siens à Strasbourg, la consigne était hier soir d’éviter tout triomphalisme : 28 % d’électeurs qui soutiennent l’action du gouvernement, c’est peu. D’autant que le parti du Président manque de ressort : les autres formations de droite, divisées entre la liste Libertas de Philippe de Villiers (4,8 %) et le FN de Jean-Marie Le Pen (6,5 %), ayant comme le Modem fait de l’antisarkozysme un argument électoral.
Pour le PS, c’est la déculottée : avec 16,8 % des voix, les socialistes font tout juste 0,6 point de mieux qu’Europe Ecologie au plan national. En Ile-de-France, ils sont même largement devancés par le parti de Cohn-Bendit, ce qui coupe la voie du Parlement de Strasbourg au porte-parole de la campagne, Benoît Hamon, troisième sur la liste PS.
Patinage. A la gauche de la gauche, la désillusion est aussi au rendez-vous. Le Front de gauche de Marie-George Buffet et Jean-Luc Mélenchon patine à 6,3 %, en hausse de seulement un point par rapport au résultat du seul PCF en 2004. Seule satisfaction, il supplante le NPA d’Olivier Besancenot qui avec 4,8 % des suffrages double presque le score réalisé en 2004, lorsqu’il s’était allié avec Lutte ouvrière. Leur potentiel pourtant reste entier. De quoi relancer la question de l’alliance à la gauche de la gauche.
(1) Estimation TNS Sofres peu avant 23 heures.
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