Les agriculteurs s'attaquent à la grande distribution
Publié le 9 Juin 2009
Les producteurs de lait et de porc bloquent les plateformes des enseignes de grande distribution pour obliger ces dernières à rendre public le montant de leurs marges sur les prix des produits alimentaires
Source Liberation.fr
Les producteurs de lait ne désarment pas et s'en prennent maintenant aux marges de la grande distribution (Reuters)
La FNSEA, principal syndicat agricole français, et les Jeunes Agriculteurs (JA), qui en est proche, ont entamé depuis dimanche soir une opération «vérité sur les marges» réalisées par la grande distribution.
Ce mouvement de protestation, qui devait commencer dans la nuit de jeudi à vendredi mais qui a déjà débuté dans l'Ouest, prévoit le blocage de plateformes des grandes enseignes (entrepôts intermédiaires entre le lieu de fabrication et celui de vente). Il est mené par les les producteurs de porc et de lait, qui ne digèrent pas l'accord passé la semaine dernière avec les coopératives et les industriels, qui fixe le prix du lait à 280 euros pour mille litres.
Des producteurs ont ainsi bloqué les accès au chantier de l'EPR et à la centrale nucléaire EDF de Flamanville (Manche) aux 600 salariés du site avec une cinquantaine de tracteurs. Près de 300 agriculteurs ont eux cessé de bloquerla Scarmor, plate-forme d'approvisionnement Leclerc à la périphérie de Brest, paralysée depuis dimanche soir, après une ordonnance rendue par le tribunal de Brest. Dans la Sarthe, sous la menace d'une sanction de 10.000 euros par heure de blocage prise en référé, les agriculteurs ont pris la même décision.
Le problème d'opacité des marges est «récurrent», mais il est d'autant plus sensible que l'accord signé la semaine dernière sur le lait «ne passe pas bien» sur le terrain, a reconnu le président de la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA), Jean-Michel Lemétayer. Mais, selon lui, cette question «dépasse» celle du lait «car beaucoup de productions sont en difficultés, notamment le porc».
Les agriculteurs ont déjà à maintes reprises dénoncé les «dégâts» de la loi de modernisation de l'économie (LME) sur les relations entre fournisseurs et distributeurs, et au premier chef l'opacité entourant la formation des prix. Comme les associations de consommateurs, les agriculteurs réclament depuis plusieurs mois la mise en place effective d'un «Observatoire des marges et des prix» des produits alimentaires.
Un observatoire a bien été créé en 2008, en pleine polémique sur la flambée des prix à la consommation. Mais il n'a pas donné les résultats escomptés, puisqu'il se limite à donner l'évolution des prix tout en restant muet sur les marges.
La FNSEA réclame la désignation «d'un arbitre» et souhaite que le gouvernement «envoie la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) dans les linéaires pour essayer d'apprécier les marges réalisées» par la grande distribution.
Le groupement des Mousquetaires (Intermarché) a de suite réagi, se déclarant prêt à la transparence sur les prix et les marges, a expliqué Eric Mozas, président des enseignes alimentaires du groupement. «Il est anormal que chacun ne puisse pas vivre de son métier», s'est emporté M. Mozas en marge d'une conférence de presse sur la stratégie d'Intermarché, semblant reconnaître que le prix du lait payé aux agriculteurs par les transformateurs n'est pas assez élevé.
«Dire que la grande distribution est le mauvais élève est simpliste», a-t-il toutefois estimé. Eric Mozas a détaillé la répartition des marges sur une brique de lait d'un litre. Sur une marque 1er prix vendue par Intermarché 0,56 euro, «3 centimes partent en taxe, 11 cts font la marge du distributeur. Le reste (42 cts) est partagé entre les producteurs et les transformateurs», a-t-il expliqué. «Mais, a-t-il ajouté, entre 2007 et 2008, il y a eu un inversement des marges entre producteurs et transformateurs», c'est-à-dire que si les producteurs recevaient la part la plus importante de cette marge en 2007, cette part la plus importante est depuis revenue aux transformateurs.
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