L'eau des Pyrénées. Un conflit pour le XXIe siècle ?

Semaine du 25/01/2010  - Société

L'eau des Pyrénées. Un conflit pour le XXIe siècle ?

«Lorsque l'on fait un investissement, il faut qu'il y ait un retour. Nous avons une très bonne qualité d'eau venant des Pyrénées qu'il faudra à tout prix commercialiser». Ces propos, tenus par Jean Pierre Peys, président du SMNEP (Syndicat mixte d'alimentation en eau potable du Nord-Est de Pau), illustrent des inquiétudes sur l'approvisionnement en eau qui devient chaque jour plus préoccupante dans le monde.

Ils soutiennent PBI

 

La pluviométrie est certes importante sous notre lattitude, et nous fait croire à l'abondance. Mais un ensemble de construction, que cela soit en Navarre comme le barrage d'Itoiz ou encore en Béarn avec la retenue de Gabas, font apparaître au grand jour l'explosion de la consommation en eau. Basé en Amikuze, le réalisateur Christophe De Prada consacre un documentaire à ces thématiques qui sont loin d'être anodines. Car si elle n'appartient à personne et en même temps à tout le monde, pour les grands groupes, l'eau est aujourd'hui un marché porteur des deux versants des Pyrénées, source de beaucoup de spéculations.

 

«Derrière la carte postale et les montagnes, dans les Pyrénées il se cache une toute autre réalité: industrie, irrigation, potabilisation des grandes villes. L'eau est devenue une ressource très convoitée et surexploitée dont la sécheresse de Barcelone au printemps 2008 en est l'exemple parfait » explique Christophe De Prada. Pour entrevoir cette pénurie en eau qui risque de se transformer en conflit pour le 21ème siècle, le réalisateur a parcouru les Pyrénées en passant par Barcelone, les Bardenas, le Delta de l'Ebre. Pierre Visler et Allande Socarros se sont joint à son travail et ont participé au montage.

 

Réalisé avec un petit budget, le documentaire n'en demeure pas moins très bien amené et remarquablement construit. Avec des plans fixes et des intervenants qui se succèdent devant la caméra, «L'eau des Pyrénées. Un conflit pour le 21ème siècle ?» rappelle dans la forme «La pelota vasca» de Julio Medem. Universitaires, paysans, syndicalistes et spécialistes de la question de l'eau, le documentaire est fort par la qualité de ses interventions. Les témoignages et les analyses mettent en valeur la richesse linguistique de la chaîne de montagne. (Catalan, castillan, basque et français. Interventions sous-titrés)

Une marchandise de plus
Le travail de De Prada débute en Catalogne. Là-bas, en 2008, la sécheresse a laissé apparaître une menace de pénurie en eau potable pour la ville de Barcelone. La députation de Catalogne a mis en place des mesures d'urgence et notamment le transvasement de l'Ebre. Une solution provisoire qui dure aujourd'hui sans aucun respect des principes démocratiques. La gestion de ces infrastructures a été confiée à AGBAR, une entreprise privée dans laquelle on retrouve des entités financières les plus puissantes de Catalogne, d'Espagne et de France. Actionnaire majoritaire de la SHEM (Société Hydro Electrique du Midi) et des stations de ski ALTISERVICES (Artouste, Saint Lary, Guzet...), SUEZ affiche un chiffre d'affaires de 50 milliards d'euros et est aussi actionnaire du groupe AGBAR. Les défenseurs d'une "eau pour tous" entrevoient déjà une tentative de spéculation de la part des investisseurs sur le canal reliant l'Ebre à Barcelone.

 

Mais le documentaire soulève également d'autres problématiques de société liées à l'eau : l'accroissement des centres urbains, les barrages collinaires, l'irrigation et la pénurie d'une eau qui ne soit pas contaminée par les pesticides... Versant nord, les limites de l'agriculture intensive sont apparues en 2002. Que cela soit au Pays basque ou en Gascogne, l'industrie du maïs s'était accélérée sous l'impulsion de la PAC et de grandes coopératives très fortes. L'eau des rivières de ces zones concentre aujourd'hui de nombreux pesticides. Depuis quelques semaines, la SMNEP puise de l'eau dans la vallée béarnaise de l'Ouzoum pour compenser la pénurie en eau du Gers et du nord Béarn. Une manière surtout d'alimenter les populations d'une eau qui ne soit pas bourrée d'Antrazine, un puissant désherbant autrefois utilisé pour le maïs et que l'on retrouve encore très présent dans le sol. Et cette eau qui fait des centaines de kilomètres dans des conduits, la SMNEP et son président entende bien la commercialiser au prix fort.


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