POLEMIQUE « Le pape doit démissionner s'il a couvert des prêtres pédophiles »

Publié le 26 Mars 2010

Des manifestants contre la pédophilie tiennent une pancarte avec une photo de Benoît XVI (Alessandro Bianchi/Reuters)

Une série de documents que s'est procurés le New York Times attesteraient que le pape Benoît XVI a couvert un, voire plusieurs cas de prêtres pédophiles au sein de l'Eglise avant d'arriver sur le siège de saint Pierre. L'avocat Jean Chevais, défenseur des familles victimes des sévices de l'abbé Bisset en France, nous apporte sa position tranchée :

« Si l'affaire s'avère exacte, la réaction du Vatican doit être exemplaire. »

L'affaire est grave. Selon ces documents, des responsables du Vatican -parmi eux Joseph Ratzinger, le futur Benoît XVI- ont étouffé les problèmes que posait le révérend Lawrence C. Murphy. Ce dernier a abusé de pas moins de 200 enfants sourds, de 1950 à 1974. Alors que plusieurs évêques avaient alerté leurs supérieurs, ni la police, ni les tribunaux n'ont été avertis de ces agissements.

Eviter le scandale

Mais ce n'est pas tout. Benoît XVI a dirigé de 1981 à 2005 la « congrégation pour la doctrine de la foi », office devant décider si un homme d'Eglise doit subir un procès secret canonique et être défroqué. Lawrence C. Murphy aurait adressé une lettre à la congrégation en lui demandant de l'aide. Une correspondance avec le cardinal Joseph Ratzinger montrerait que, malgré le débat que cette affaire avait provoqué en interne, la priorité a été de protéger l'Eglise du scandale.

Le New York Times a présenté ces documents au porte-parole du Vatican, Federico Lombardi. Il lui a été notamment demandé pourquoi le révérend Murphy n'avait pas jamais été défroqué :

« Le code de droit canon ne prévoit pas de sanctions automatiques. La mauvaise santé du frère Murphy et l'absence d'accusations plus récentes contre lui ont été des facteurs dans la décision. »

« Si le pape se retire, l'Eglise en sortirait grandie »

Contacté par Rue89, l'avocat Jean Chevais, qui a représenté des victimes de l'abbé Bisset en France en 2000, souhaite une réaction exemplaire :

« Si tout ceci est bel et bien vrai, la sanction doit être suprême : le pape doit démissionner. On ne peut laisser un auteur d'un tel péché à la tête de l'Eglise. Dans sa dernière lettre à l'adresse des catholiques irlandais, il évoquait justement “ la tendance à éviter les approches pénales à l'égard des situations canoniques irrégulières ”. Il devrait appliquer cela à lui-même.

Mais je suis sûr qu'ils vont tenter de noyer le poisson, de démontrer que tout a bien été fait dans les règles. Ils ont eu et ont toujours cette tendance à “ la chape de plomb ”, tout ça pour préserver le fait qu'il n'y a qu'eux qui ont la sainte parole.

Et pourtant, si le pape se retirait, l'Eglise enverrait un message clair : on va se laver de toutes ces affaires de pédophilie. Elle n'en sortirait que grandie. »

Photo : devant la basilique Saint Pierre, des manifestants contre la pédophilie tiennent une pancarte avec une photo de Benoît XVI lorsqu'il était cardinal, le 25 mars (Alessandro Bianchi/Reuters)

Ailleurs sur le Web
Pédophilie: les silences de l’Eglise, sur NouvelObs.com

Source  Rue89.com

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens du monde

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