Alain Lipietz : « Duflot vendrait père et mère pour devenir ministre »

Publié le 10 Décembre 2011

L'ex-candidat à la présidentielle, évincé en 2001, analyse comment le « bunker » qui dirige Europe Ecologie - Les Verts tente d'isoler Eva Joly.


Cécile Duflot et Eva Joly à l'université d'été d'EELV à Nantes, le 21 août 2010 (Stéphane Mahé/Reuters)

Alain Lipietz, retraité-blogueur, a la liberté de ceux qui ne cherchent pas un poste – et ils sont rares actuellement chez Europe Ecologie - Les Verts. Dans l'organigramme de campagne d'Eva Joly, il est en charge de l'alimentation et de l'économie sociale et solidaire, au sein du « conseil d'action et de proposition ».

Son grand rêve du moment ? Terminer son livre sur le poète Stéphane Mallarmé. C'est dire avec quelle décontraction il analyse les manœuvres d'EELV.

Du haut de ses 64 printemps, le polytechnicien, auteur d'une vingtaine de livres sur l'écologie politique, devise sur ce qu'est devenu le parti qui a failli faire de lui un candidat à l'élection présidentielle.

C'était en juin 2001 : face à Noël Mamère, Alain Lipietz était désigné d'un cheveu par un vote des militants. On était loin, à l'époque, des 25 000 coopérateurs d'EELV, et sa légitimité était incomparablement plus faible que celle qu'a obtenue Eva Joly avec sa large victoire face à Nicolas Hulot. Une similitude cependant entre Lipietz 2001 et Joly 2011 : le manque de soutien de la direction du parti.

« Ils sont arrivés trop jeunes en politique »

Autour d'un déjeuner, il qualifie d'emblée la direction du parti de « bunker », un édifice tenu par « la bande des quatre » :

Dénonçant le « marchandage » de cette direction, des militants démissionnent, à l'instar de ceux d'Argenteuil-Bezons. Alain Lipietz comprend leur colère :

« Cette bande des quatre a le profil MJS... Des gens qui n'ont jamais travaillé ailleurs que dans le parti, qui sont arrivés trop jeunes en politique. Moi, en 68, je rêvais d'être prix Nobel ; Cécile Duflot est à la botte du PS et est prête à vendre père et mère pour devenir ministre. »

L'accord de mandature négocié avec le Parti socialiste est officiellement présenté comme « le meilleur jamais obtenu ». Mais pour Alain Lipietz, il a été « mal négocié, on aurait pu avoir mieux ». Autre problème, « la direction a trop promis » :

« A Paris et à Lyon, le parti a imposé Cécile Duflot et Philippe Meirieu, mais à Marseille, rien. Les progressistes n'auront d'autre choix que de voter pour le système Guérini. »

Actuellement, un « pacte de stabilité »


Alain Lipietz à l'université d'été des Verts à Lamoura, le 28 août 2001 (Robert Pratta/Reuters)

« Jusque-là, tout se passe comme dans mon histoire », se souvient-il. Alain Lipietz avait dû céder sa place à Noël Mamère en octobre 2001, après une boulette sur l'amnistie des nationalistes corses, inacceptable en pleine affaire Erignac. Une boulette montée en épingle par la presse et la droite, avec l'aide des écolos... un épisode qu'il a décrit comme « une erreur de débutant ».

Aujourd'hui, il décrit, en trois actes, ce qui est en train d'arriver à la candidate écolo Eva Joly :

  • d'abord, on tente de contrôler Eva Joly, avant d'éventuellement la démolir. Selon Lipietz, « Cécile Duflot lui a imposé comme directeur de campagne Stéphane Sitbon, son plus proche collaborateur ». Ce jeune homme de 25 ans sera-t-il schizophrène ou choisira-t-il le camp d'Eva ?
  • Ensuite, on envoie des cadres du parti l'attaquer, comme Noël Mamère qui lui a demandé « de sortir du flou et de revenir au mandat qui lui a été donné lors des primaires ». Alain Lipietz a une autre interprétation de la séquence : refuser d'appeler à voter explicitement Hollande au second tour, au micro de RTL n'était pas une connerie, mais « une connerie construite après coup par le parti » ;
  • enfin – et c'est le moment actuel – on construit un « pacte de stabilité » entre chefs de tente, qui tient jusqu'à ce qu'on lui demande de se retirer. Mais :

« La grande différence avec moi, c'est qu'elle ne se retirerait au profit de personne. »

« Plus on est bon, plus on est dangereux »

Cécile Duflot, maintenant qu'elle est parachutée à Paris et vise l'Hôtel de Ville, ne serait pas la candidate de remplacement que fut Noël Mamère :

« La conviction de Dany Cohn-Bendit qu'il ne faut pas présenter de candidat du tout est partagée par beaucoup de monde. Mais admettre qu'il a raison est indicible. »

Si début 2012, Eva Joly ne décollait pas dans les sondages, ou si au contraire elle prenait trop de voix à Hollande, et que se profilait un risque de 21 Avril, les raisons de demander à la candidate de se retirer seraient réunies :

« Plus on est bon, plus on est dangereux pour nous-mêmes, surtout que comme en 2002, les deux candidats principaux, Sarkozy et Hollande, sont mauvais. »

Mais Alain Lipietz avertit ceux qui seraient tentés d'assassiner Eva Joly :

« Ce serait catastrophique pour les assassins. »

Pour Daniel Boy, chercheur à Sciences-Po et spécialiste des écolos, un tel scénario relève « de la fiction » :

« La pression du PS ne marcherait pas, sauf si les sondages étaient dramatiquement bas pour Hollande. Et puis revenir sur la primaire n'est pas possible, le parti n'a ni le temps ni l'argent pour le faire. »

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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