Chatel en guerre contre les chèques contraception de Royal

Publié le 15 Novembre 2009

Ségolène Royal et Luc Châtel, alors à l'Industrie, dans l'usine Heuliez de Cerizay le 25 mars (Stephane Mahe/Reuters)

Ségolène Royal entre en rébellion contre le ministère de l'Education nationale. La présidente de Poitou-Charentes a annoncé hier le lancement dans sa région des chéquiers contraception. Mais l'initiative n'est pas du goût de Luc Chatel.


Le ministre de l'Education nationale a ainsi estimé que l'Etat n'avait pas à se substituer au planning familial. Ce même planning qui avait dû se battre pour conserver son budget au printemps 2009 lors d'une période de rigueur financière. Un constat qui n'a pas échappé à Christiane Allain, secrétaaire général de la Fédération des Conseils de Parents d'Elèves (FCPE) :

« Je trouve que c'est étonnant quand on sait que le gouvernement auquel appartient Luc Chatel a cherché à supprimer une partie du financement du planning. Je suis ravie de voir que le ministre le défend mais il devrait le faire savoir à son gouvernement ou au président de la République. »

Blocage de l'Etat

La réponse de Luc Chatel n'a pourtant pas refroidi Ségolène Royal qui a d'ores et déjà décidé de poursuivre le projet sans l'aval de l'Etat :

« Il y a un blocage du ministère de l'Education nationale, je vais le faire quand même parce que je veux lutter contre les grossesses précoces des filles mineures », déclarait l'ancienne candidate à la présidence sur RMC Info et BFM TV.

Les chèques devraient ainsi être envoyées dès le début de la semaine aux lycéennes. Donnant accès à des consultations médicales gratuites, à l'achat de contraceptifs, à des analyses médicales ou encore à une visite de contrôle.

Seul problème, les infirmières scolaires, qui devaient servir de relais entre les élèves et la Région et assurer la distribution des chèques, sont liées au rectorat. Et donc à l'Etat. Une situation que déplore Isabelle Duponteil, du Syndicat national des infirmiers et conseillers de santé (SNICS) :

« Nous souhaitons que les chéquiers soient le plus rapidement disponibles. Mais tant qu'il y aura ce blocage, aucune d'entre nous ne pourra les distribuer. Pourtant, c'est un projet qui a le soutien de la profession. »

Un projet à l'unanimité mais une opposition de principe

Le dispositif semblait ainsi bénéficier de l'accord des principaux intéressés. Des infirmières scolaires aux parents d'élèves, représentés par Christiane Allain :

« L'infirmière scolaire est la mieux placée car elle est un référent de proximité et de confiance. Selon le public, elle peut inciter les personnes à dialoguer avec leur famille ou avec le planning familial. En dernier recours, elle pourra utiliser la solution des carnets de tickets. L'infirmière scolaire doit permettre de maintenir ce dialogue. »

Alors que le dispositif avait été votée par le Conseil régional en mars dernier, la position du ministère est donc difficilement compréhensible. Et va surtout à l'encontre de la consultation organisée à l'époque et confirmée par les différents protagonistes. Contactée par Rue89 Marie-Pierre Martinet, secrétaire générale du Mouvement Français pour le Planning Familial (MFPF), s'interroge :

« L'Education Nationale n'était sollicitée que sur un seul point. Celui des infirmières et des médecins scolaires qui devaient servir de relais dans les lycées. Le ministère ne se sent pas concerné, il a un énorme problème avec la sexualité des jeunes. Il a un discours ambivalent concernant le projet de Ségolène Royal. Je ne comprends pas quelle en est la base. Si ce n'est une opposition de principe »…

Car, si le projet a un impact médiatique, il n'a pour l'Etat, aucun coût financier. La région le finançant à hauteur de 300 000 euros. Entre ambitions régionales et frein de l'Etat, reste aux syndicats de parents d'élèves et d'infirmières scolaires à s'accrocher.

 

Dessin de Mykaia

Photo : Ségolène Royal et Luc Châtel, alors à l'Industrie, dans l'usine Heuliez de Cerizay le 25 mars (Stephane Mahe/Reuters) Dessin : Mykaïa.

Rédigé par jeanfrisouster

Publié dans #citoyens d'europe

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